Les secrets troublants de la collection Photographie : au-delà des apparences - Musee McCord
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Collections et recherche

William Notman studio, Thomas Neill Cream, Montréal, 1874. I-99949 © Musée McCord

Les secrets troublants de la collection Photographie : au-delà des apparences

Par une journée pluvieuse de confinement automnal, j’explorais avec fascination les photographies de la collection du Musée McCord à la recherche d’inspiration pour un costume d’Halloween quand je suis tombé sur le portrait du tristement célèbre docteur Thomas Neill Cream. Je l’observe un moment. Cet homme élégant coiffé d’un impressionnant haut-de-forme ne se distingue apparemment en rien des autres hommes en redingote que l’on peut voir dans la collection du Musée. Un bourgeois montréalais typique, croirait-on à tort. Car cet homme, aussi surnommé « l’empoisonneur de Lambeth », qui a assassiné des femmes sur deux continents, a longtemps fait partie du groupe restreint de gens soupçonnés d’avoir été Jack l’Éventreur.

William Notman studio, Thomas Neill Cream, Montréal, 1874. I-99949 © Musée McCord

Issu d’une famille d’immigrants écossais, Cream grandit au Québec et étudie la médecine à l’Université McGill, à Montréal. Après avoir commis son premier assassinat à London, en Ontario, il empoisonne à mort plusieurs femmes prostituées, sous le couvert d’une clinique d’avortement clandestine dans un quartier défavorisé de Chicago. En 1881, il est reconnu coupable du meurtre du mari de sa maîtresse et croupit dix ans en prison. À peine libéré, il s’installe en Angleterre pour y ouvrir un nouveau cabinet de médecine et y reprendre sa pratique, l’assassinat par empoisonnement et, accessoirement, la médecine. Un an et au moins quatre meurtres plus tard, il est reconnu coupable et sera pendu à la prison de Newgate à Londres le 3 juin 1892.

Étudier la photo de Thomas Neill Cream, en essayant de lire quelque chose dans son regard, donne rapidement le frisson. Cette photographie, prise lorsqu’il étudiait la médecine à Montréal, précède ses premiers assassinats. On ne peut s’empêcher de se demander s’il savait déjà quelle abominable dépendance sommeillait en lui. Lorsque notre regard se pose ensuite sur un autre portrait photographique de la collection, on ressent le même malaise qu’en regardant la photo du docteur Cream.

En effet, si le visage du docteur Cream ne laisse rien deviner de sa passion sordide, comment savoir si un autre modèle, à l’air aussi sévère, ne cachait pas un secret aussi terrible, sinon pire? Peut-être que quelque part dans la collection de photos, parée d’une large cravate ou d’une robe à crinoline, il y a une personne au regard sépia dissimulant d’effroyables pulsions? Ces questions resteront sans réponse, car au-delà de ces vieilles photographies, il reste peu de traces de la vie de la plupart de ces gens, qui ont emporté leurs plus grands secrets avec eux dans la tombe.

Même si ces photographies m’ont donné bien des idées de costumes, l’histoire lugubre du docteur Cream m’a définitivement enlevé l’envie de me costumer en dandy montréalais. J’ai choisi un costume plus sympathique, une citrouille.


Alexis Curodeau-Codère, stagiaire de la Factry
Alexis arpente le Musée à la rencontre de celles et ceux qui, chacun à leur manière, l’animent et le façonnent.
Octobre 2020

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