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Robe, tartan feuille d’érable (détail), vers 1967. M2017.59.1 © Musée McCord

Le Canada en tartan!

La conception d’une exposition ouvre souvent la porte à des récits accessoires qui mériteraient pourtant d’être analysés plus en profondeur. Et si nous avons effleuré une tendance tartan au milieu des années 1960 pour Mode Expo 67, il m’est cependant apparu que nous en avions encore beaucoup à apprendre sur les tartans expressément conçus pour le centenaire du Canada. J’ajouterais que les tartans canadiens des années 1960 me fascinent depuis que je creuse le sujet.

<i>Mode Expo 67</i>, exposition présentée au Musée McCord du 17 mars au 1er octobre 2017
Mode Expo 67, exposition présentée au Musée McCord du 17 mars au 1er octobre 2017

Au début des années 1960, les préparatifs d’Expo 67 et du 100e anniversaire du Canada créent un contexte propice à l’apparition de symboles nationaux. En 1964 David Weiser, vice-président de Highland Queen Sportswear Ltd., une marque de vêtements de Toronto, estime le moment venu de créer un tartan typiquement canadien. Il ajoute trois rayures (or, brun clair et brun froncé) au plaid rouge et vert que produit déjà son entreprise et baptise le résultat du nom de « tartan de la feuille d’érable », en référence au symbole récemment choisi pour le drapeau du Canada. Les documents promotionnels de l’entreprise indiquent que le vert représente les premières couleurs du feuillage des érables; l’or, ses couleurs au début de l’automne; le rouge celles des premières gelées et le brun, celles des feuilles d’hiver.

Détail, tartan feuille d’érable, vers 1967. M2017.59.1 © Musée McCord
Détail, tartan feuille d’érable, vers 1967. M2017.59.1 © Musée McCord

Weiser créé le tartan de la feuille d’érable pour l’année 1967, mais il constate que ce motif est trop réussi pour ne pas être commercialisé. Il en fait donc une promotion active en l’associant à une collection de vêtements féminins et en le vendant sous licence à diverses entreprises canadiennes et étrangères afin qu’il soit intégré à leurs accessoires et vêtements mode. Quant au gouvernement, il adopte rapidement ce tartan pour mousser le Canada à l’étranger.

Béret, tartan feuille d’érable,1967. Don de Phyllis Klaiman, M2015.113.1 © Musée McCord
Béret, tartan feuille d’érable,1967. Don de Phyllis Klaiman, M2015.113.1 © Musée McCord

Il y avait une boutique de tartans sur le site d’Expo 67 et, comme le note le donateur, c’est de là que provient le béret écossais au motif du tartan à la feuille d’érable offert au McCord. Le McCord a aussi acquis une veste d’homme ainsi qu’une écharpe et des gants de femmes pour accompagner ce vêtement dans Mode Expo 67. Par ailleurs, il a ajouté à ses collections une robe de fillette, une robe de femme et une cravate au motif tartan de la feuille d’érable, ainsi qu’une poupée portant des vêtements présentant le même motif.

Robe, tartan feuille d’érable, vers 1967. M2017.59.1 © Musée McCord
Robe, tartan feuille d’érable, vers 1967. M2017.59.1 © Musée McCord

À l’exemple de plusieurs provinces canadiennes ayant déjà conçu leurs tartans officiels, Weiser propose et met sous licence une petite série de tartans provinciaux dont un pour l’Ontario et le méconnu « plaid du Québec ». S’il est possible que ses tartans aient bénéficié d’une plus grande visibilité, d’autres entreprises canadiennes créent également leurs propres tartans commémoratifs, tel ce « cento » du tailleur-pantalon de la collection du McCord vendu comme tartan de célébration à une jeune clientèle.

Ensemble pantalon, Cento plaid, vers 1967. Don de Pamela Blackstock, M990.92.2.1 © Musée McCord
Ensemble pantalon, Cento plaid, vers 1967. Don de Pamela Blackstock, M990.92.2.1 © Musée McCord

Une autre compagnie créé un tartan du centenaire et une autre encore, une série Pères de la Confédération. Une entreprise de Québec, Pik Mills, conçoit aussi une série de tartans provinciaux à l’occasion du centenaire. Une combinaison à fermeture éclair présentant le motif tartan de l’Alberta et dessinée par le couturier montréalais John Warden figure dans un supplément mode du magazine The Montrealer.

Sam Getz, Mannequin portant une combinaison de John Warden, tartan d’Alberta, <i>The Montrealer</i>, août 1967
Sam Getz, Mannequin portant une combinaison de John Warden, tartan d’Alberta, The Montrealer, août 1967

Bien que les tartans soient le plus souvent associés au patrimoine écossais, la mise en marché de tous ces tartans canadiens ne dénote aucune intention de mettre en lumière des liens entre le Canada et une puissance coloniale en vue d’unir une nation à l’occasion de son centenaire. Il semble plutôt que tous ces adeptes de tartans aient privilégié une symbolique de couleurs inspirées du paysage canadien pour souligner le caractère distinct de ce pays vu comme un territoire, et certains de leurs éléments publicitaires expriment nettement une vision multiculturelle inclusive du Canada. Une brochure publicitaire du tartan du centenaire précise que celui-ci est destiné aux « McGurk et McTurk – les McCohen et les McKostopoulos, les McBoucher et les McVanderlinden . . . les McPasquale ». Rappelons enfin qu’aucun de ces créateurs n’étaient d’origine écossaise. La plupart étaient en fait des Canadiens juifs de première génération.

Pratiquement tous ces tartans, sauf celui de la feuille d’érable, semblent avoir disparu du marché après 1967. L’entreprise de Weiser a utilisé ce motif dans les années 1970 jusqu’à sa faillite. En 2011, le ministère du Patrimoine canadien a fait du tartan de la feuille d’érable un symbole national officiel même si celui-ci demeure méconnu.

Cynthia Cooper, mars 2019

Tous à votre tartan de la feuille d’érable!

À l’occasion du Jour du tartan – le 6 avril –, le Musée McCord a rassemblé des Montréalais de tous horizons pour faire connaitre le tartan de la feuille d’érable, cet obscur symbole national.

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