Les techniciens aux expositions du Musée - Musée McCord
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Équipe des techniciens aux expositions. Roger Aziz © Musée McCord, 2021

Les techniciens aux expositions du Musée : construire et transformer

Les techniciens : des travailleurs de l’ombre derrière chaque exposition. Portrait d’une petite équipe sympathique et passionnée.

Alexis Curodeau-Codère, journaliste indépendant

8 février 2022

Dans les profondeurs du Musée McCord, je retrouve Mélissa, qui est assise à une grande table de travail dans l’atelier de l’équipe des techniciens aux expositions du Musée. Ses collègues nous rejoindront bientôt; ils sont occupés quelque part à travailler sur une exposition.

Mélissa : Je m’appelle Mélissa Jacques, et je travaille au Musée depuis 10 ans. Je suis technicienne aux expositions. J’ai étudié en art puis en histoire. J’ai ensuite fait un bac en histoire de l’art pour ensuite compléter le programme de muséologie du Collège Montmorency.

Mélissa Jacques. Roger Aziz © Musée McCord, 2021

En quoi consiste le travail d’un technicien aux expositions?

Mélissa : On fait beaucoup de choses, on est très polyvalents. On s’occupe des objets pour les expositions, on assiste les chargés de projets, les restaurateurs, les conservateurs et on fabrique des supports. On travaille donc beaucoup en atelier. On fait de la soudure, on travaille le Plexiglas, le bois, on peut être appelés à faire du mobilier, on monte les expositions en salle, etc.

Dans la grosse machine du Musée, à quel moment entrez-vous dans le processus de création d’une expo?

Mélissa : On arrive assez tôt. Comme j’ai une spécialité axée davantage sur les objets, je suis souvent là dès la sélection préliminaire. On est toujours en train de communiquer avec les différentes équipes pour se coordonner, établir un horaire, travailler sur les objets…

À ce moment-là, Mélissa reçoit un appel sur son cellulaire, c’est le devoir qui l’appelle.

… ça ne sera pas long, je reviens. Elle se lève et s’en va quelques minutes avant de revenir, le sourire toujours au visage.

Quel est votre rôle dans la conception d’une exposition? Est-ce que les autres équipes font appel à votre expertise?

Mélissa : John, lui, travaille beaucoup sur les plans et il donne souvent des idées et des conseils au chargé de projet de l’exposition ou au scénographe. Il va suggérer des modifications pour économiser des sous ou pour une question de faisabilité. Oui, on a une certaine expertise, on est souvent consultés.

À cet instant, John et Olivier nous rejoignent autour de la table.

John : Désolé pour le retard, on a eu une petite urgence. On a appris hier soir qu’une équipe de télévision venait filmer la vitrine Ogilvy, alors il fallait la préparer rapidement avant l’arrivée de l’équipe.

Mélissa : Ça, ça fait partie de notre quotidien. Il faut être très flexible.

Pouvez-vous vous présenter?

Olivier : Moi, c’est Olivier LeBlanc-Roy. Comme Mélissa, je suis technicien aux expositions et ça fait environ six ans que je suis ici. J’ai étudié en techniques de muséologie, mais avant ça, j’avais fait des études en musique, en graphisme et en histoire. Le travail de technicien allie bien les aptitudes que j’ai développées à travers les autres domaines. Chaque personne dans l’équipe a un parcours différent et apporte différentes expertises et habiletés.

Olivier LeBlanc-Roy. Roger Aziz © Musée McCord, 2021

John : Je m’appelle John et je suis chef de l’équipe technique. Ça fait 33 ans que je suis ici. À l’époque, je n’avais jamais pensé travailler dans un musée, j’avais une carrière d’artiste. J’ai d’abord travaillé pendant quelques semaines comme menuisier pour le Musée, puis j’ai été engagé à un jour semaine. Je venais changer les ampoules et faire quelques petits travaux dans les expos. Cet horaire m’allait bien parce que ça me donnait de la liberté. Mais en 1993 un poste à temps plein s’est ouvert et j’y suis toujours.

John Gouws. Roger Aziz © Musée McCord, 2021

Quels sont les plus gros défis de votre métier?

Mélissa : Les imprévus! Il faut être capable de se retourner sur un 10 cents.

Olivier : Ça arrive quand même souvent. C’est ça le plus grand défi, faire un bon travail dans un laps de temps très court.

John : J’ajouterais aussi la charge de travail. Parce que souvent, on termine le montage d’une exposition et deux jours plus tard, on fait le démontage d’une autre. Il y a toujours plein de choses à faire et c’est parfois intense.

Olivier : Il y a beaucoup de contraintes anodines auxquelles on ne pense pas. Des petites choses à prendre en compte comme l’humidité, la température, la luminosité, etc. Si tout n’est pas parfait, les objets risquent d’être endommagés.

Montage de l’exposition Illusions – L’art de la magie. © Musée McCord, 2017

Qu’aimez-vous le plus dans votre travail?

Olivier : Ironiquement, souvent, c’est le fait de relever des défis qui apporte une grande satisfaction : mener à bien un projet complexe, réaliser des choses qu’on n’était pas certains de pouvoir faire.

Mélissa : De mon côté, j’aime beaucoup fabriquer des supports. C’est souvent un défi, parce que tous les objets sont différents. Ils sont souvent fragiles alors il faut trouver un moyen de les montrer de manière sécuritaire, sans que le support soit visible.

Fabrication d’un support d’exposition. © Musée McCord
Fabrication d’un support d’exposition. © Musée McCord

John : Il y a aussi la variété des tâches que l’on fait qui est satisfaisante. Le Musée McCord n’est ni trop petit ni trop gros, donc on a des moyens pour faire des choses et avoir de bons équipements, sans pour autant que tout le monde se retrouve dans un coin à faire toujours le même travail.

Olivier : Travailler avec les objets, c’est mettre en valeur l’histoire et le patrimoine. Chaque fois que je vais dans la réserve, j’en découvre de nouveaux. C’est vraiment un privilège.

Pouvez-vous nous parler de votre rôle dans la conception de l’exposition Parachute?

Mélissa : Il y a deux types d’expositions. D’abord, les expositions comme Parachute qui sont montées par le Musée avec nos propres collections, ce qui représente plus de travail. Ensuite, il y a les expositions qui arrivent d’un autre musée et qui sont un peu plus clef en main, ce qui représente un travail différent. Ça demande plus d’adaptation.

Olivier : Dans le cas de l’exposition Parachute, la pandémie nous a donné le temps de fabriquer du mobilier qu’on aurait normalement probablement fait fabriquer à l’externe.

Mélissa : Il y a aussi eu le défi des télévisions.

Olivier : Ah oui, dans une section de l’exposition, il y a un amoncellement de télévisions qui a été difficile à installer. Il fallait que ce soit beau, mais sécuritaire.

Mélissa : Il fallait les installer sans que paraissent les supports et ce qui les retenait en place. C’était un beau défi.

John : On a fabriqué beaucoup plus d’éléments pour cette exposition que normalement, ce qui nous a permis d’économiser de l’argent. Par contre, ça veut aussi dire que la tâche d’installer et de désinstaller ce que nous avons construit nous revient. Mais c’était agréable parce que nous avons fait des choses totalement nouvelles pour nous.

Pouvez-vous me parler de la vitrine Ogilvy? J’imagine que ça représente une logistique particulière.

John : C’est bien le fun de travailler sur cette vitrine. On aime bien cette expo.

Olivier : Le plus gros défi de cette expo, c’est l’entreposage de la vitrine, parce qu’elle est énorme. Il faut l’apporter dans la salle d’exposition morceau par morceau depuis la réserve externe. C’est ce qui est le plus demandant physiquement, surtout que chaque pièce et chaque mécanisme est fragile. On a changé des moteurs, ajouté des lumières, etc. La vitrine demande un entretien perpétuel.

Comment le travail de technicien a-t-il évolué et comment va-t-il continuer de se transformer?

John : Quand j’ai commencé, le programme en techniques de muséologie n’existait pas et c’était souvent des artistes qui travaillaient dans les musées. Avec le temps, ça s’est professionnalisé. Aussi nous recyclons et réutilisons maintenant de plus en plus d’éléments des expositions, alors qu’avant, tout était systématiquement jeté à la fin de chaque démontage.

Mélissa : Et puis, le rythme des expositions a beaucoup augmenté au fil des ans. Ce sont des expositions qui restent moins longtemps et il y en a davantage. Pour ce qui est de l’avenir, les musées se tournent de plus en plus vers le virtuel, mais je ne suis pas vraiment inquiète parce que ce sera toujours important de voir les objets en vrai. Il y a aura toujours ce besoin-là. Le musée, c’est la seule manière d’avoir un contact direct et tangible avec le passé et c’est quelque chose que le virtuel ne pourra jamais remplacer.

Olivier : J’anticipe que les avancées technologiques vont peut-être, au fil des ans, transformer un peu notre travail en nous donnant de nouveaux outils, mais sans vraiment le bouleverser non plus. Tant qu’il y aura des objets à présenter et des expositions à monter, il y aura des techniciens aux expositions.

À propos de l'auteur

Alexis Curodeau-Codère, journaliste indépendant

Alexis Curodeau-Codère, journaliste indépendant

Après avoir étudié en arts visuels et en philosophie, Alexis Curodeau-Codère s’emploie, partout où il peut, à étudier, explorer et illustrer, à coup de portraits et d’images, la réalité humaine et la joliesse du monde. Il s’intéresse particulièrement au potentiel transformatif du récit par son rôle social et politique, mais aussi comme outil de vulgarisation et d’apprentissage.
Après avoir étudié en arts visuels et en philosophie, Alexis Curodeau-Codère s’emploie, partout où il peut, à étudier, explorer et illustrer, à coup de portraits et d’images, la réalité humaine et la joliesse du monde. Il s’intéresse particulièrement au potentiel transformatif du récit par son rôle social et politique, mais aussi comme outil de vulgarisation et d’apprentissage.