Raconter l'histoire de ma culture - Musée McCord
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Music – A Family Tradition, 1997

Raconter l’histoire de ma culture

L’ancien Montréalais Anthony Sherwood parle de son enfance dans la ville et de l’inspiration derrière son documentaire acclamé.

17 février 2022

Le Musée McCord, Anthony Sherwood, réalisateur, et le Mois de l’histoire des Noirs proposent le 19 mai prochain un événement spécial pour souligner les 25 ans du film documentaire d’Anthony Sherwood Music – A Family Tradition.



Projection suivie d’une discussion avec le réalisateur et autres invités spéciaux.
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L’activité, initialement prévue en février, est reportée en raison du contexte sanitaire; impatients d’entendre M. Sherwood, nous avons réalisé cette entrevue afin d’en apprendre davantage sur son parcours, son rapport à Montréal ainsi que son engagement à mettre en lumière l’histoire des communautés afrodescendantes au Canada grâce à sa pratique documentaire. L’entretien a été mené par Michael M. Farkas, président de la Table ronde du Mois de l’histoire des Noirs.

Anthony Sherwood, photo Ian Brown

Vous êtes né à Halifax, mais vous avez grandi à Montréal, plus précisément dans la Petite-Bourgogne, dans une famille où la musique était omniprésente. Parlez-nous de votre enfance dans ce quartier.

Il y avait toujours de la musique dans la maison où j’ai grandi à Montréal parce que la musique était une tradition de longue date dans ma famille. Ma mère était une chanteuse amateur et ma grand-mère enseignait la musique en plus de jouer de plusieurs instruments. Et mes frères et sœurs chantaient toujours dans la maison pour pratiquer leur harmonie.

J’ai grandi dans un quartier où il y avait une importante population noire. Il y avait beaucoup de commerces appartenant à des Noirs, ma famille fréquentait une église noire, nous allions au Negro Community Centre of Montreal, nous assistions à des événements sociaux, et nous apprenions l’histoire des grands héros et héroïnes de la communauté noire. Grandir dans la Petite-Bourgogne a donc eu une énorme influence sur ma vie et a fait de moi la personne que je suis aujourd’hui.

Anthony Sherwood et ses sœurs dans la Petite-Bourgogne, 1959

Vous n’aviez jamais entendu parler des héros noirs ailleurs?

Non. La première fois que je suis entré au Negro Community Centre of Montreal, j’ai vu ces immenses murales représentant des héros noirs dont je ne savais rien. Ce fut pour moi une introduction à ma culture et à mon histoire.

Votre travail d’auteur, d’acteur et de cinéaste vous a amené à voyager dans le monde entier. Quelle relation entretenez-vous toujours avec Montréal aujourd’hui?

J’ai l’immense chance de voyager partout dans le monde grâce à mon travail, mais on n’oublie jamais l’endroit où on a grandi : où on est allé à l’école, où on a découvert ce qui nous passionne dans la vie, où on est tombé amoureux pour la première fois. Chaque fois que je reviens à Montréal, lorsque je regarde à travers le hublot de l’avion et que je vois la croix sur la montagne, tout illuminée contre le ciel noir, quelque chose se produit en moi. Tous mes souvenirs d’enfance emplissent mon cœur, et même si je ne vis plus ici, pour moi, Montréal est unique au monde.

Qu’est-ce qui a fait naître chez vous cet intérêt pour le cinéma documentaire et le désir de raconter des histoires au sujet des communautés noires du Canada? Quel a été l’élément déclencheur?

Je m’intéresse à l’histoire de ma culture noire depuis qu’on m’y a initié dans ma communauté. Mon intérêt pour le documentaire remonte à l’époque où je faisais la narration d’une série documentaire sur Discovery Channel. Un jour, les producteurs m’ont demandé si j’aimerais écrire et réaliser certains des épisodes. « Bien sûr! », ai-je répondu. Plus tard, j’ai commencé à produire mes propres documentaires avec ma maison de production. Je voulais raconter une histoire provenant de ma propre culture.

Est-ce que ces projets comblent un besoin en vous?

Je veux faire quelque chose qui non seulement me rendra fier, mais qui remplira de fierté la communauté également. C’est très important pour moi de toucher les gens d’une façon quelconque.

Parlons de Music – A Family Tradition, dont c’est le 25e anniversaire en 2022. Qu’est-ce qui vous a motivé à faire ce film? Quelle en est l’intrigue principale?

Music – A Family Tradition est l’histoire de quatre familles canadiennes noires où la musique fait partie de la tradition familiale. Le film présente deux familles de Montréal incluant la mienne, la famille Sherwood. Je connais personnellement ces familles depuis très, très longtemps et je voulais rendre hommage au talent de ces excellents musiciens noirs.

Bande-annonce du documentaire Music – A Family Tradition. Fournie par Anthony Sherwood Productions

Vous avez aussi un intérêt personnel dans votre autre documentaire, Honour Before Glory.

Honour Before Glory est l’histoire du seul et unique bataillon canadien entièrement noir formé durant la Première Guerre mondiale. Mon grand-oncle William Andrew White était l’aumônier de cette unité militaire, et j’ai découvert il y a plusieurs années qu’il avait tenu un journal de guerre. En tant que ministre baptiste, il maîtrisait la langue anglaise à merveille. J’ai été renversé par la lecture de son journal et je devais à tout prix raconter cette histoire.

Journal de guerre de William Andrew White

Que pensez-vous de la place qu’occupent les Noirs dans l’histoire du Canada?

Les Afro-Canadiens ont une longue et riche histoire au Canada. Il ne faut pas oublier que les personnes de descendance africaine sont au Canada depuis aussi longtemps que les Français et les Britanniques. Lorsque les Français et les Britanniques sont arrivés ici pour la première fois, ils ont emmené leurs esclaves africains. Certains de ces esclaves ou leurs descendants sont devenus des politiciens, des activistes sociaux, des inventeurs, et ont énormément contribué au développement du Canada.

Aujourd’hui, nombreuses sont les écoles, les institutions et les organisations culturelles à reconnaître et à célébrer les réalisations des Afro-Canadiens durant le Mois de l’histoire des Noirs et d’autres événements. Nous sommes venus de loin, mais nous avons encore un long chemin à parcourir.

Y a-t-il autre chose que le grand public devrait savoir au sujet de la tradition de ces familles, au sujet de ce film?

Le public montréalais constatera que ces musiciens de Montréal ont énormément apporté à la culture et à la vie sociale de la ville. Ce sont tous des individus accomplis, hautement professionnels et extrêmement talentueux. Jackie Richardson, qui appartient à l’une de ces familles, a récemment été décorée de l’Ordre du Canada. Les gens vont découvrir que ces familles partagent toujours la même passion, le même amour de la musique et qu’elles y sont toujours aussi dévouées.

Nous allons inviter tous les Montréalais à la projection du film Music – A Family Tradition. Avez-vous quelque chose à ajouter?

Je n’ai pas revu certains membres de ces familles depuis 25 ans. Ce sera très émouvant pour moi et pour plusieurs d’entre eux. Si le public montréalais veut entendre de la bonne musique, de l’excellente musique noire, dont du jazz, du gospel et du R&B, interprétée par des artistes extraordinaires, il doit absolument venir voir ce film. Je ne vais pas en dire plus parce qu’il y aura beaucoup de surprises. La musique est un langage que nous comprenons et que nous aimons tous!