Qui est l’homme sur la photographie? - Musée McCord
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Wm. Notman & Son, Thomas John Darling , Montréal (détail), 1888. II-87707.1, Musée McCord

Qui est l’homme sur la photographie?

Comment une femme a découvert la vie d’un membre de sa famille montréalaise grâce à un mystérieux portrait trouvé sur le site Web du Musée McCord.

Patty Darling Hoenigman

25 janvier 2022

Avez-vous déjà trouvé une vieille photographie de famille non identifiée qui a piqué votre curiosité? Par une série de découvertes, j’ai réussi à trouver l’identité d’un membre de ma famille dont je ne savais rien.

Tout a commencé avec un portrait de famille d’Adam Darling – le demi-frère de mon arrière-grand-père – dont j’ai hérité. Ce fut pour moi toute une surprise de découvrir que le portrait d’Adam était en réalité une rare photographie peinte. Lorsqu’une de mes cousines du Canada, Patty Brown, est venue me rendre visite en Californie, elle a attiré mon attention sur la signature figurant sur le portrait : « Notman Photo, E. Sharpe, 1871 ». Patty savait que la collection de photographies Notman pouvait être consultée sur le site Web du Musée McCord. Nous étions en 2004!

Téléportons-nous en 2019 lorsque je me suis retrouvée sur le site Web du McCord à explorer près d’une cinquantaine de photos Notman de personnes nommées « Darling », prises entre les années 1860 et 1920, me demandant de qui il s’agissait et si nous avions un lien de parenté.

Darling est mon nom de jeune fille, et je savais que des membres de ma famille écossaise avaient commencé à immigrer à Montréal en 1840. Il était donc fort possible que les modèles photographiés par Notman fassent partie de ma parenté. Plusieurs étaient simplement identifiés comme « M. Darling », avec l’année de la photographie, d’autres comme « Les enfants de Mme Darling » – quel casse-tête! J’ai donc décidé de découvrir leur identité, même si je n’avais jamais vu de photos de ces personnes auparavant. Les seuls indices dont je disposais étaient les noms et les dates de naissance et de mort de nos ancêtres canadiens que m’avait donnés Patty Brown, une généalogiste accomplie.

Une photo en particulier ressortait du lot. On y voit un homme vêtu d’un maillot sans manches, affichant des bras plutôt musclés. C’était un bel homme coiffé d’un joli chapeau et arborant une moustache en croc. L’inscription sur la photo indiquait « M. Darling, 1888 », mais de quel M. Darling s’agissait-il? En supposant qu’il était dans la vingtaine, j’ai obtenu mon premier indice en établissant qu’il faisait sans doute partie de la troisième génération de Darling canadiens puisque la photo avait été prise en 1888.

Wm. Notman & Son, Thomas John Darling , Montréal, 1888. II-87707.1, Musée McCord

C’est après avoir examiné le visage de cet homme plusieurs fois que j’ai finalement remarqué les initiales brodées sur son maillot. Puisque la photo de M. Darling avait été prise à Montréal, il était possible que la lettre M soit pour Montréal et la lettre C pour Club, mais l’initiale au milieu fit l’objet de nombreux débats au sein de ma famille et de mes amis. En effet, lorsqu’on agrandissait la photo, on pouvait voir le bord supérieur du pantalon avec des raquettes imprimées sur le tissu. S’agissait-il de raquettes de squash ou de tennis? Cette question est demeurée sans réponse.

Les fioritures rendaient les lettres difficiles à déchiffrer. Celle du centre pouvait être un S pour squash ou un T pour tennis. À un moment donné, j’ai même pensé qu’il pouvait s’agir d’un L pour Lacrosse ou de MSC pour Montreal Skating and Curling. Ma cousine canadienne a avancé l’idée que le M pouvait désigner l’Université McGill. En effectuant une recherche en ligne des vieux albums de finissants de l’université, j’ai découvert des photos de plusieurs clubs sportifs, mais il n’y en avait aucun dont le maillot était identique à celui de ce M. Darling.

C’est alors qu’un miracle s’est produit. En raison de mon intérêt pour le portrait de famille qui était à l’origine une photo Notman, j’avais déjà établi un contact avec Heather McNabb, archiviste de référence au Musée McCord. Je lui ai demandé si elle en savait plus sur ce mystérieux individu. Elle fit quelques recherches et trouva non pas une, mais deux autres photos. Dans les deux cas, il s’agissait du même homme, dans des poses légèrement différentes.

Wm. Notman & Son, Thomas John Darling , Montréal, 1888. II-87708.1, Musée McCord et Wm. Notman & Son, Thomas John Darling, Montréal, 1888. II-87709.1, Musée McCord

Sur l’une d’elles, on pouvait voir les initiales « T. J. » avec le nom de M. Darling. Aha! Ces initiales indiquaient qu’il s’agissait probablement de Thomas John Darling, le cinquième enfant de William Darling III et son épouse, Mary Davidson Darling. Maintenant que l’identité de cet homme ne faisait pratiquement aucun doute, d’autres informations ont fait surface, confirmant cette conclusion.

Wm. Notman & Son, Thomas John Darling , Montréal, 1888. II-87709.1, Musée McCord et Wm. Notman & Son, Thomas John Darling, Montréal, 1888. II-87709.1, Musée McCord

Une seule chose m’empêchait d’affirmer avec certitude qu’il s’agissait bien de Thomas John Darling. Coiffé de son chapeau, l’homme semblait être dans la vingtaine. Or, si les registres familiaux étaient exacts, il aurait eu 36 ans. Son chapeau lui donnait une apparence de jeunesse, alors que sur les deux autres photos du McCord, où il pose tête nue, on voit clairement un début de calvitie qui le fait paraître beaucoup plus proche de son âge réel.

Cependant, le mystère des initiales sur son maillot demeurait entier. Je l’ai finalement résolu en allant sur Newspapers.com et en recherchant dans la Gazette de Montréal des articles mentionnant « Mr. Darling » en 1888, l’année où les photos ont été prises. À ma grande surprise, il y avait un article où M. Thomas J. Darling était louangé pour son travail au Montreal Swimming Club!

Cela m’a permis de confirmer hors de tout doute qu’il s’agissait bel et bien de Thomas John Darling, qui était très impliqué dans le MSC, un club de natation de Montréal. L’article nous permet d’avoir une bonne idée du genre de personne qu’était ce bel homme athlétique. Non seulement était-il un sportif accompli, mais c’était aussi un excellent manager très aimé de ses amis qui ne tarissaient pas d’éloges à son sujet.

Selon d’autres articles de journaux, Thomas J. Darling avait travaillé comme manager pendant trois ans. Avant 1888, il avait été trésorier pendant un certain nombre d’années, un poste qu’il a conservé jusque dans les années 1890.

J’ai découvert un autre article de journal (The Gazette, 9 mars 1904) où l’on apprend comment sa vie a pris fin.

Thomas J. Darling, de Darling & Darling, agents immobiliers, résidant au 199, rue Notre-Dame, est mort subitement hier après-midi dans un magasin sur Notre-Dame près de Dézéry, ayant succombé à une syncope [rythme irrégulier] du cœur. Le défunt avait 51 ans et il était célibataire.

Notre famille possède des photos de William Darling II (15 mai 1796-19 janvier 1871) et de la plupart de ses enfants, mais nous n’avions jamais vu de photo de son petit-fils Thomas John Darling (1852-8 mars 1904). Thomas a vécu toute sa vie à Montréal et ne s’est jamais marié. Il est enterré au Cimetière Mont-Royal aux côtés de plusieurs membres de la famille Darling.

Les photographies Notman nous ont donné des indices qui ont permis de découvrir l’identité de Thomas J. Darling, le faisant en quelque sorte revenir à la vie.

Voilà un mystère qui connaît un heureux dénouement!

À propos de l'auteure

Patty Darling Hoenigman

Patty Darling Hoenigman

Patty Darling et son mari Joe sont nouvellement retraités et vivent à Georgetown, au Texas. La plus grande satisfaction de sa vie est d’avoir pu renouer avec sa famille élargie grâce à la recherche généalogique qu’elle a commencée après le 11 septembre 2001. Jusqu’à présent, elle a retrouvé deux de ses cousines du Canada, mais il y en a sûrement beaucoup d’autres! Vous pouvez la contacter à patty@darling1.us
Patty Darling et son mari Joe sont nouvellement retraités et vivent à Georgetown, au Texas. La plus grande satisfaction de sa vie est d’avoir pu renouer avec sa famille élargie grâce à la recherche généalogique qu’elle a commencée après le 11 septembre 2001. Jusqu’à présent, elle a retrouvé deux de ses cousines du Canada, mais il y en a sûrement beaucoup d’autres! Vous pouvez la contacter à patty@darling1.us