Les piquants de porc-épic : de quoi piquer votre curiosité! - Musée McCord
en
Boîte, Anishinaabe?, 1865-1915. Don de la succession d’Anne McCord, M9814.1-3, Musée McCord

Les piquants de porc-épic : de quoi piquer votre curiosité!

Apprenez comment les peuples autochtones d’Amérique du Nord ont maîtrisé l’art de la décoration en piquants de porc-épic.

Sonia Kata, restauratrice, Musée McCord

26 mai 2022

La décoration en piquants de porc-épic est l’art d’enjoliver de la peau d’animal, de l’écorce ou du tissu avec des piquants de porc-épic teints. Il s’agit d’une forme d’art unique en ce qu’elle n’est pratiquée que par les peuples autochtones d’Amérique du Nord.

Cette forme d’art ancienne remonte à la période préeuropéenne. Elle a toutefois été influencée par le contact avec les Européens. Aux 18e et 19e siècles, les insertions en piquants de porc-épic sur de l’écorce de bouleau ont été créées pour répondre aux goûts européens. Des souvenirs en piquants de porc-épic comme des boîtes en écorce de bouleau, des dossiers de chaise et autres articles sont devenus des objets de traite populaires. Au milieu du 19e siècle, les piquants de porc-épic ont été remplacés dans les ouvrages de broderie par de petites perles de traite en verre, plus faciles et rapides à utiliser.

La décoration en piquants de porc-épic est typiquement réalisée par des femmes et peut avoir une signification spirituelle, comme dans les cultures mi’gmaq et siksika. On appelle d’ailleurs les Mi’gmaq les « gens du porc-épic » en raison de leur affinité avec ce type d’ouvrage.

Les piquants de porc-épic naturels sont habilement transformés en motifs géométriques colorés grâce à une variété de techniques utilisées pour décorer des objets comme des mocassins, des vêtements, des tenues cérémonielles, des paniers et bien plus encore.

Le corps du porc-épic d’Amérique du Nord (Erethizon dorsatum) est recouvert d’environ 30 000 piquants qui lui servent de moyen de défense. Les piquants sont en fait des poils spéciaux contenant de la kératine, une protéine présente également dans nos cheveux. D’une longueur variant de 1 à 15 cm, ils sont d’une couleur blanchâtre et se terminent par une pointe foncée.

Si leur surface semble lisse et lustrée à l’œil nu, elle se compose en réalité de minuscules écailles avec des barbes microscopiques, ce qui rend les piquants difficiles à extraire lorsqu’ils sont enfoncés dans la chair ou une autre matière. Les piquants sont légers, flexibles et résistants.

Piquants de porc-épic. Photo : Sonia Kata

Les piquants peuvent être prélevés sur un animal vivant ou mort. Avant de les utiliser, il faut les laver pour les débarrasser de leurs huiles naturelles et les faire sécher. Les piquants peuvent être colorés à l’aide de teintures naturelles maison ou de teintures synthétiques commerciales. Parmi les teintures naturelles, on trouve par exemple l’indigo et le pied d’alouette pour le bleu, le lichen et le tournesol pour le jaune et les baies et la sanguinaire du Canada pour le rouge.

Il existe différentes techniques de décoration en piquants de porc-épic. Les piquants peuvent être insérés, cousus, enroulés ou tissés, et différents types de supports peuvent être utilisés. Dans la plupart des cas, les piquants sont humectés avec de l’eau ou de la salive pour les rendre assez souples pour être travaillés. Ils redeviennent durs une fois secs. On peut laisser les piquants dans leur forme cylindrique naturelle, ou les aplatir en coupant la pointe et en les pressant pour retirer l’air qui se trouve à l’intérieur.

Technique d’insertion dans de l’écorce

Les piquants sont insérés dans des trous percés dans de l’écorce de bouleau à l’aide d’une alène. Les extrémités sont repliées à l’arrière de l’ouvrage. Les piquants sont travaillés lorsqu’ils sont humides et durcissent en séchant, ce qui les maintient en place sans qu’il soit nécessaire, bien souvent, de les fixer autrement. On emploie fréquemment cette technique pour les insertions servant à décorer des récipients ou des meubles.

Technique de broderie ou de couture

Les piquants, aplatis et humidifiés pour les rendre pliables, sont cousus sur de la peau avec du tendon ou du fil. Un point de couture maintient en place l’extrémité du piquant, qui est ensuite replié d’avant en arrière sur les points suivants afin que seul le piquant soit visible sur le devant. Il existe plusieurs types de points : zigzag, ligne, droit (bande), dents de scie, chausson, etc. Polyvalente, cette technique permet de produire une variété de motifs allant de lignes délicates à des aplats de couleur unie, comme l’illustrent ces deux objets.

Technique de tissage au métier

Les piquants sont tissés à l’aide d’un métier en archet monté avec du tendon ou du fil. Les piquants humidifiés sont insérés dans le tissage comme des fils de chaîne supplémentaires, puis maintenus en place par des fils de trame passant par-dessus et en dessous des piquants et des fils de chaîne. On obtient ainsi une étroite bande de motifs tissés, souvent utilisée pour confectionner une ceinture.

Autres techniques

Les piquants teints et aplatis peuvent être enroulés autour de bandes de peau qui seront utilisées comme franges pour décorer un vêtement ou un autre objet. Les piquants peuvent aussi être simplement coupés et enfilés sur un fil comme des perles.

Toutes ces techniques permettent de créer des motifs colorés et complexes, souvent géométriques, ayant des significations symboliques. Lorsque la décoration en piquants de porc-épic est bien exécutée, seuls des piquants espacés également, lisses et lustrés apparaissent sur le devant de l’ouvrage, alors que les points de couture et les pointes foncées des piquants sont dissimulés à l’arrière. C’est un art qui exige beaucoup de dextérité, de patience et d’habileté.

Chaise, Mi’gmaq, 1860-1890. Don de Peter Lodwick, M971.34.9, Musée McCord

Aujourd’hui, certaines artistes font revivre l’art traditionnel de la décoration en piquants de porc-épic.

BIBLIOGRAPHIE

Cole, Christina et Susan Heald, « The History and Analysis of Pre-Aniline Native American Quillwork Dyes », Textile Society of America Symposium Proceedings, Communication 14, 2010.

Gadacz, René R., « Piquants de porc-épic ornementaux », L’Encyclopédie canadienne, Historica Canada. Article publié le 7 février 2006; dernière modification 16 juin 2021.

Orchard, William C., The Technique of Porcupine-Quill Decoration among the Indians of North America, 2e édition, New York, Museum of the American Indian, Heye Foundation, 1971.

Prindle, Tara, « Porcupine quillwork and hair », Native Tech: Native American Technology and Art, http://www.nativetech.org/quill/index.php (consulté le 3 janvier 2022).

À propos de l'auteure

Sonia Kata, restauratrice, Musée McCord

Sonia Kata, restauratrice, Musée McCord

Titulaire d’une maîtrise en conservation-restauration, Sonia aime pouvoir travailler avec le patrimoine culturel d’une façon tangible. Elle assure le traitement d’un large éventail d’objets historiques au Musée McCord, mais en tant que couturière accomplie, elle voue un intérêt particulier aux costumes et aux textiles.
Titulaire d’une maîtrise en conservation-restauration, Sonia aime pouvoir travailler avec le patrimoine culturel d’une façon tangible. Elle assure le traitement d’un large éventail d’objets historiques au Musée McCord, mais en tant que couturière accomplie, elle voue un intérêt particulier aux costumes et aux textiles.