David Ross McCord : un homme au service de la mémoire - Musée McCord
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Photographe inconnu, David Ross McCord dans sa bibliothèque, résidence Temple Grove, Montréal (détail), vers 1916. MP-0000.2135.1N, Musée McCord

David Ross McCord : un homme au service de la mémoire

Apprenez-en plus sur le fondateur du Musée McCord et sur la naissance de sa collection.

Alors que nous célébrons les 100 ans du Musée McCord, il semble important de connaître l’histoire de l’homme qui en est à l’origine. David Ross McCord (1844-1930) a consacré sa vie entière à la création d’un musée. Or, cette mission qu’il s’est donnée a eu des conséquences financières et relationnelles désastreuses pour lui et ses proches, tout en affectant sa santé mentale.

Nous en savons peu sur l’enfance de McCord. Son père, John Samuel McCord (1801-1865), membre de l’élite montréalaise, est propriétaire terrien et juge à la Cour de circuit de Montréal et à la Cour supérieure du Québec. Scientifique amateur, passionné de météorologie et de botanique, il inculque à son fils un amour pour la pratique scientifique.

Image de gauche : Frederick William Lock, Portrait d’Anne Ross McCord, 1851. Don de David Ross McCord, M8413, Musée McCord
Image de droite : Frederick William Lock, Portrait de John Samuel McCord, 1847. Don de David Ross McCord, M8415, Musée McCord

Anne Ross (1807-1870), sa mère, élève de l’artiste James Duncan (1806-1881), est une aquarelliste accomplie. Fervente collectionneuse1, elle encourage l’intérêt de son fils pour l’art et l’histoire. Le couple habite avec ses six enfants (Eleanor Elizabeth, Jane Catherine, John Davidson, David Ross, Robert Arthur et Anne) à Temple Grove, une maison de style Renaissance grecque construite par John Samuel sur le flanc sud-ouest du mont Royal. C’est ici, dans ce lieu de la mémoire et entouré d’objets familiers, que David Ross McCord passera sa vie et assemblera sa collection.

Photographe inconnu, Masters David Ross, John et Robert McCord, vers 1850. MP-0000.488.2, Musée McCord
Photographe inconnu, Eleanor Elizabeth McCord, Montréal, vers 1855, copie réalisée pour le juge McCord en 1862. I-2706.0.1, Musée McCord
William Notman, Jane Catherine McCord, Montréal, 1862. I-4362, Musée McCord
Photographe inconnu, Missie Anne McCord, vers 1855. MP-0000.489.5, Musée McCord

Inscrit en études classiques à la High School of Montreal, c’est sur l’insistance de son père que David Ross apprend le français. Il fréquente ensuite l’Université McGill, obtenant une licence ès arts en 1863 ainsi qu’une maîtrise ès arts et une licence en droit civil en 1867. Après un apprentissage chez Leblanc, Cassidy et Leblanc, il est admis au barreau en 1868 et ouvre son propre cabinet d’avocat rue Notre-Dame.

William Notman, David Ross McCord, Montréal, 1868. I-34379.1, Musée McCord

Or, la vie prendra un virage inattendu pour le jeune McCord. Son père décède en 1865 et son frère aîné l’année d’après. À 23 ans, David Ross McCord se retrouve patriarche de sa famille, un rôle pour lequel il est peu préparé2. Certainement marqué par ces deux deuils et conscient de la responsabilité rattachée à cette tâche, McCord devient obsédé par le besoin d’assurer la pérennité du nom de sa famille et plus encore de le graver dans la mémoire collective canadienne. Cette idée de reconnaissance sociale devient d’autant plus importante que McCord n’aura pas d’enfant3, pas plus que sa fratrie. Il prend alors conscience de la finitude de la lignée McCord, et cherche un moyen de l’immortaliser4 à travers un musée qui porterait son nom.

McCord cesse de pratiquer le droit vers 1895, se dévouant alors entièrement à l’enrichissement de sa collection. Ironiquement, le Musée McCord n’aurait pu exister s’il n’avait su contrôler à son profit l’héritage de ses parents, aux dépens de ses sœurs et de son frère5. Ardent impérialiste, McCord voit son projet de musée comme une mission divine6, s’affichant comme le fils dévoué devenu fidèle serviteur du Canada, choisi par Dieu pour sauvegarder les objets de l’Empire britannique et ainsi préserver et célébrer l’histoire canadienne et assurer l’unité nationale.

Le regard historique de David Ross McCord est personnel, subjectif et enraciné dans des idéologies colonialistes. Les objets autochtones qu’il collectionne sont dépourvus de leur sens, le rôle d’expert retiré à ceux qui les ont créés. Homme excentrique, obnubilé par son musée, McCord est prêt à tout pour sa collection, avouant dans un de ces cahiers de notes voler ce qu’il ne pouvait acheter7.

Photographe inconnu, David Ross McCord dans sa bibliothèque, résidence Temple Grove, Montréal, vers 1916. MP-0000.2135.1N, Musée McCord

En 1909, David Ross McCord est sérieusement endetté et sa santé est vacillante8. Il se met alors en quête d’un nouvel espace pour sa collection – une institution, de préférence à vocation éducative, qui serait prête à lui fournir un édifice et l’argent nécessaire pour l’entretenir. Il jette son dévolu sur son alma mater, l’Université McGill, et entame des négociations qui conduiront au don de sa collection à l’institution en 1919.

Le McCord National Museum ouvre ses portes le 13 octobre 1921. Paradoxalement, l’inauguration du musée coïncide avec la fin des activités de son fondateur. Dix mois après l’ouverture du McCord, atteint d’artériosclérose et de démence vasculaire qui le poussera à atteindre à la vie de sa femme à deux reprises, David Ross McCord est interné dans un asile psychiatrique9 où il finira ses jours. Il meurt le 12 avril 1930.

« Ce que nous avons aimé, d’autres aussi l’aimeront et nous leur enseignerons comment10. »

David Ross McCord imaginait inscrire cette phrase du poète William Wordsworth sur un des murs de son musée. Bien qu’elle ne soit pas de lui, elle reflète de manière remarquable la pensée d’un homme qui a consacré sa vie à transmettre et à faire comprendre sa passion.

NOTES

1. Pam Miller, «When There Is No Vision, the People Perish. The McCord Family Papers 1766-1945 », Fontanus, no 3, 1990, p. 26.

2. « Un triste jour pour nous, car avec chaque mois qui passe, nous prenons davantage conscience de la profondeur de notre affliction. Nous nous retrouvons, pour ainsi dire, sans tête de famille, car je suis, bien sûr, trop jeune pour espérer prendre la place de mon père avant plusieurs années, si cela arrive un jour. » PFMC, dossier no 1812, D. R. McCord à Mme Langdon Cheves, 1er juillet 1867.

3. Il avait épousé en 1878 Letitia Caroline Chambers, infirmière en chef du Montreal Smallpox Hospital.

4. L’épitaphe sur la tombe familiale qu’il fait construire en 1914, Resurgam (« Je me lèverai de nouveau »), fait référence à cette peur de l’extinction.

5. En tant qu’exécuteur testamentaire, il avait le contrôle de l’héritage de la fratrie. Robert Arthur est mort sans le sou malgré de multiples contestations en cour contre David Ross. Pour financer les dépenses liées à sa collection, McCord va hypothéquer la succession et emprunter des milliers de dollars à ses sœurs. Excédée, sa sœur Anne l’exclura de son testament.

6. Dans une lettre adressée à Mme Austin-Leigh de Londres, il se compare à Jacob : « Le Seigneur m’a également trouvé sur une terre désertique, profondément désertique sur le plan historique, en ce sens que personne n’avait pensé à en préserver les témoins du passé. Il m’a guidé (partout sur cette terre). Il a dirigé mes pas… écouté ma voix s’élevant dans la nature sauvage, avec l’heureux résultat que nous avons posé plus que de solides fondations pour un musée. » PFMC, dossier no 5007, D. R. McCord à Mme Austin-Leigh, 4 septembre 1919.

7. « Je volais ce que je ne pouvais acheter. Arrogance ». Cité dans Kathryn Nancy Harvey, David Ross McCord (1844-1930): Imagining a Self, Imagining a Nation, thèse de doctorat, Université McGill, 2006, p. 224.

8. En 1908, McCord avait subi un accident cérébrovasculaire.

9. Le Homewood Sanitarium, à Guelph, en Ontario.

10. « What we have loved, others will love, and we will teach them how. » PFMC, dossier no 2026, Historical Note Book, vol. 3. Cette citation est tirée de William Wordsworth, The Prelude, livre quatorze, vers 444-445.