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Les Iroquoiens de la vallée du Saint-Laurent (Vers 1500)

Par Claude Chapdelaine

Au 15e siècle, près de 25 nations de langues iroquoiennes vivaient dans les basses terres du Saint-Laurent et à l'est des Grands Lacs. Les Iroquoiens du Saint-Laurent occupaient le territoire qui s'étendait de l'embouchure du lac Ontario jusqu'à l'estuaire du Saint-Laurent. L'explorateur français Jacques Cartier rencontra les Iroquoiens du Saint-Laurent lorsqu'il visita Hochelaga (aujourd'hui Montréal) en 1534. Mais lorsque Samuel de Champlain traversa la région en 1603, il ne restait que quelques traces du village. Les Iroquoiens du Saint-Laurent s'étaient dispersés et avaient quitté leur territoire à la fin du 16e siècle. Les causes exactes de ce bouleversement font encore aujourd'hui l'objet d'hypothèses.

Leur mode de vie

Les Iroquoiens du Saint-Laurent étaient un peuple agricole qui cultivait du maïs, des haricots, des courges, du tabac et des tournesols. Ils vivaient dans des villages constitués de plusieurs maisons longues. Les occupants d'une maison longue formaient une unité économique indépendante. Les villages étaient occupés sur une base annuelle mais les femmes, responsables des champs, se sédentarisaient plus que les hommes, occupés à l'extérieur sauf durant les mois d'hiver. La durabilité des constructions, l'épuisement des sols et la distance trop grande à accomplir pour obtenir du bois de chauffage incitaient la communauté à abandonner le village après une dizaine d'années. Le village, relocalisé quelques kilomètres plus loin sur un autre site sablonneux, était donc semi-permanent. On le quittait régulièrement durant les périodes de grandes chasses ou de grandes pêches.

La pêche à la ligne dormante, au harpon et surtout au filet devait être aussi importante, sinon plus, qu'en Huronie, et l'on construisait aussi des fascines ou des barrages. Les Iroquoiens du Saint-Laurent pêchaient toute l'année, mais la chasse au cerf de Virginie, et dans une moindre mesure à l'orignal et au caribou en aval de l'île de Montréal, demeurait toutefois une activité importante.

De telles activités se transformaient souvent en expéditions commerciales, voire en séances de négociations. Les hommes pratiquaient ainsi une économie extérieure, et les femmes une économie domestique. Des alliances étaient nouées et l'on obtenait des matériaux rares, comme du cuivre natif, des coquillages pour faire des perles, des pierres silicieuses pour tailler des outils ou encore des fourrures ou de la viande en échange de maïs, de filets, de tabac, de renseignements et d'appuis de tous ordres.

Les fruits sauvages se cueillaient surtout à l'automne. Cette occupation était réservée aux femmes et aux enfants, qui ramassaient de grandes quantités de baies et de noix destinées à la conservation. Il semble que les Iroquoiens de la vallée du Saint-Laurent ne s'adonnaient que peu au ramassage des mollusques, mais on retrouve régulièrement des coquillages sur les sites.

Organisation sociale et familiale

Les femmes constituaient le pivot de l'organisation sociale des Iroquoiens. Responsables de l'aménagement des clairières, de l'ensemencement, de l'entretien des champs et de la récolte, elles avaient en outre la responsabilité de l'éducation des enfants et devaient préparer les repas.

Le système de parenté reconnaissait les ascendances paternelles et maternelles, mais la lignée maternelle l'emportait sur l'appartenance à un clan. La mère donnait ainsi une identité sociale à ses enfants. Les femmes apparentées définissaient une lignée maternelle, qui devenait aussi une unité résidentielle.

La position sociale des femmes leur permettait de participer activement à la vie politique. Elles avaient le pouvoir de nommer les chefs civils et de les destituer. (Ceux-ci étaient généralement nommés par consensus.) Elles jouaient également un rôle actif dans l'organisation de la guerre et pouvaient inciter les chefs de guerre à organiser des expéditions punitives pour venger la mort des membres d'une famille ou d'une lignée. Elles s'appropriaient les prisonniers et avaient droit de vie ou de mort sur eux, décidant soit d'en faire des esclaves, soit de les adopter comme membres de la famille pour remplacer les disparus, soit encore de les livrer à la torture, et y participant avec une intensité égale à celle des hommes.

La redistribution des ressources était un mécanisme important de l'organisation sociale des Iroquoiens. Dans une société où les richesses personnelles n'étaient pas valorisées, l'Iroquoien n'était jamais contraint à une activité, peu importe son âge. Il devait se consacrer à deux valeurs essentielles : l'autonomie et la responsabilité. Tout en étant indépendant, il n'était pas seul responsable de ses actes. Sa communauté, sa lignée maternelle et sa famille nucléaire devaient en partager avec lui les conséquences.

La résidence de base des Iroquoiens de la vallée du Saint-Laurent était la maison-longue. La largeur de cette habitation variait très peu (six à sept mètres), la hauteur était légèrement inférieure à la largeur, et la longueur dépendait du nombre de familles à y vivre. Une maison pouvait atteindre plus de trente mètres : elle abritait alors une dizaine de familles qui se partageaient cinq foyers.

Techniques et outillages

Les artisans produisaient eux-mêmes les outils -- fort variés -- et les objets dont ils avaient besoin. Les matériaux étaient obtenus localement mais d'autres, sans être essentiels, provenaient de l'extérieur. Les habitations, les palissades et le bois de chauffage étaient taillés avec des haches, des herminettes et des coins pour fendre le bois. Les outils agricoles se limitaient à un bâton à fouir pour les semailles et à des paniers en éclisses de bois pour les récoltes. Les chasseurs utilisaient des arcs et des flèches, des collets, des pièges et des enclos, et les pêcheurs des filets, des barrages ou des fascines, des hameçons et des harpons. Le maïs, broyé à la meule et au pilon, était préparé dans des récipients en terre cuite. Des récipients d'écorce servaient à entreposer la nourriture, les pipes et le tabac. Les Iroquoiens traitaient les peaux à l'aide de grattoirs et de racloirs, cousaient leurs vêtements avec des aiguilles et des poinçons en os, travaillaient le bois avec des couteaux faits d'incisives de castor et extrayaient des couleurs minérales à partir de diverses substances naturelles. Enfin, les perles de coquillages servaient à la confection de colliers. Des canots d'écorce permettaient de se déplacer lorsque les cours d'eau étaient navigables. L'hiver, les canots cédaient la place aux raquettes, et l'on tirait les prises sur une traîne sauvage.

Croyances

Des recherches archéologiques et ethnologiques donnent un aperçu du système de croyances des Iroquoiens du Saint-Laurent. Ils ne craignaient pas la mort.Ils croyaient en l'immortalité de l'âme et à la vie après la mort. À l'instar des autres groupes iroquoiens, ils imaginaient que leur prochaine vie se déroulerait dans un décor semblable à celui de tous les jours. Des forces supérieures et surnaturelles régissaient leur vie quotidienne, et leur religion avait établi une série de règlements à ne jamais transgresser pour satisfaire les Esprits de l'autre monde : festins, danses, tabous, offrandes de tabac (nourriture des Dieux), rites de guérison, sacrifices d'animaux, etc. On invoquait ces Esprits pour assurer les récoltes, pour favoriser le dénouement d'un conflit ou tout simplement pour guérir. Certains Iroquoiens avaient des talents particuliers et communiquaient avec les esprits. Ces « chamanes » étaient avant tout des guérisseurs capables d'interpréter les rêves et les désirs qui accompagnaient les songes. Ils agissaient comme des conciliateurs avec les forces du monde, connaissaient les vertus médicinales des plantes et le pouvoir des cérémonies de guérison.

 

Source : Catalogue de l'exposition Aux couleurs de la terre. Héritage culturel des premières nations
Musée McCord, 1992

RÉFÉRENCES

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Pendergast, James F. et Claude Chapdelaine (sous la dir. de). Essays in St. Lawrence Iroquoian archaeology, Dundas (Ontario), Copetown Press, 1993.

Pilon, J.-L. et J. V. Wright. A passion for the past: papers in honour of James F., coll. Mercure, Archeology, no 164, Gatineau, Musée canadien des civilisations, 2003.

Plourde, Michel. Un site iroquoien à la confluence du Saguenay et du Saint-Laurent, au XIIIe siècle, Recherches amérindiennes au Québec, vol. 20, no 1, 1990, p. 47-61.

Tremblay, Roland. The Saint Lawrence Iroquoians. Corn People, Montréal, Les Éditions de l'Homme, 2006.

Tremblay, Roland. « La connexion abénaquise : quelques éléments de recherche sur la dispersion des Iroquoiens du Saint-Laurent orientaux. », Archéologiques, no 10, 1977, p. 77-86.

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