Restauration

Quel est son secret? La restauration d’une poupée automate

Chaque automne, les préparatifs en vue de l’exposition annuelle de jouets du Musée donnent aux restaurateurs l’occasion de travailler avec des objets provenant de l’exceptionnelle collection de jouets et de jeux du McCord, et avec d’autres artefacts de notre collection d’Arts décoratifs. Cette année, les examens et travaux de restauration ont porté principalement sur une poupée automate qui, pendant les prochains mois, jouera le rôle clé de Carabosse, la méchante fée de l’exposition Tohu-bohu au pays des contes.

Automate musical - Fille jouant avec Polichinelle, Léopold Lambert, vers 1890. Don de Mme H. Beard, M973.156.1.1-3 © Musée McCord

Automate musical – Fille jouant avec Polichinelle, Léopold Lambert, vers 1890.
Don de Mme H. Beard, M973.156.1.1-3 © Musée McCord

Cette poupée a été fabriquée par Léopold Lambert, célèbre automatier de Paris, qui a ouvert un atelier en 1886. Élégamment vêtue d’un ensemble fait sur mesure avec chapeau assorti, elle est posée sur une plateforme contenant le mécanisme déclenchant ses mouvements. Par le passé, tourner la clé sur le côté de la boîte permettait d’activer une pantomime où elle faisait bouger la marionnette suspendue à sa main gauche, tout en regardant la montre de poche qu’elle tient dans sa main droite.

Comme le mécanisme ne fonctionnait plus, nous avons décidé de consulter un maître horloger pour savoir s’il était réparable. Selon lui, c’était tout à fait possible, mais pour en avoir le cœur net, il fallait absolument procéder à un examen plus approfondi des éléments du dispositif dissimulé à l’intérieur de la poupée. Nous avons donc exposé l’automate aux rayons X pour connaître la disposition des tiges, des ressorts et des leviers situés à l’intérieur.

L’examen a révélé qu’un gros ressort reliant le mécanisme de l’épaule au dos était brisé, mais qu’à part cela, tout le reste semblait intact. Sachant cela, nous avons décidé qu’il valait la peine de retirer le dos de la poupée pour regarder à l’intérieur. Or, il s’est avéré que le mécanisme était si rouillé et usé qu’il était impossible à réparer. Il aurait fallu fabriquer de nouvelles pièces pour le rendre fonctionnel à nouveau, ce qui aurait entraîné des changements majeurs à l’objet, sans compter la perte de données historiques importantes.

De plus, le désassemblage complet de la poupée aurait présenté des risques inacceptables pour l’intégrité de ses autres composantes. Nous avons donc décidé de ne pas aller de l’avant. Si la poupée ne fonctionnera malheureusement jamais plus, un examen des cames et de la façon dont elles sont reliées aux différents éléments du mécanisme nous a permis de déterminer les mouvements qu’elle pouvait exécuter à l’origine.

Les restaurateurs ont ensuite procédé au nettoyage et à la stabilisation des nombreuses déchirures dans le brocart, le satin et la dentelle. Les cheveux de la poupée ont été recoiffés pour ressembler davantage aux illustrations du catalogue historique de l’atelier de Lambert. La miniature au dos de la montre de poche, qui était recouverte de moisissure, a été retirée et nettoyée, et les pampilles manquantes sur le tissu de velours rouge qui recouvre la plateforme ont été remplacées.

Notre examen a aussi révélé que des modifications avaient été apportées à la poupée par le passé. Les yeux de même que la dentelle de la robe et du chapeau ne sont pas d’origine, mais nous avons laissé ces éléments intacts puisqu’ils font partie de son histoire. La poupée automate peut donc faire l’admiration de tous et jouer son rôle avec aplomb dans l’exposition, Tohu-bohu au pays des contes!

Anne MacKay, novembre 2017

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