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Robe du soir et combinaison (détail), Cristóbal Balenciaga, 1966. Don de Mme Jeanine C. Beaubien, M2012.132.1.1-2 © Musée McCord

La main à la plume! La restauration d’une robe de Balenciaga

Cette fabuleuse tenue du soir a été conçue par Cristóbal Balenciaga, dont la maison de couture est établie à Paris en 1937. Ce couturier, qui restera actif jusqu’en 1968, sera vite considéré comme le « maître » et deviendra une figure majeure de la haute couture au 20e siècle. On célèbre ses vêtements pour le savoir-faire de leur réalisation et leurs lignes innovatrices.

Robe du soir et combinaison, Cristóbal Balenciaga, 1966. Don de Mme Jeanine C. Beaubien, M2012.132.1.1-2 © Musée McCord

Cette création faisait partie de la collection automne-hiver 1966 de Balenciaga. C’est la femme de théâtre Jeanine C. Beaubien, grande amatrice de vêtements d’avant-garde, qui en a fait don au Musée McCord en 2012. Elle l’avait achetée au grand magasin de luxe Holt Renfrew. Le directeur du magasin, Alvin J. Walker, avait fait l’acquisition de ce vêtement en Europe.

La tenue se compose de deux pièces : une robe transparente ornée de plumes, et une combinaison-pantalon en crêpe de soie de couleur pêche qui se porte en dessous à la place d’un fond de robe. La robe est taillée dans un tissu d’organza transparent et plutôt raide de couleur pêche; une analyse des fibres a révélé qu’il ne s’agissait pas de soie, comme on le supposait, mais de polyester.

Elle est entièrement couverte de fines plumes d’autruche, teintes en pêche et dont les extrémités noires ont été coupées. Chaque plume a été collée individuellement au tissu à l’aide d’une colle transparente appliquée uniquement à la base, ce qui laisse la longue tige souple libre de se mouvoir au gré du moindre souffle d’air. Le tissu a été produit par la maison française Lemarié, qui fournit des étoffes richement ornées aux maisons de couture telles que Balenciaga ou Chanel.

La coupe du vêtement est on ne peut plus simple, sans doute pour souligner l’effet tridimensionnel du tissu. Cette robe longue sans manches de ligne trapèze comporte des découpes princesse à l’avant comme à l’arrière; celles du devant sont décalées vers les côtés afin d’éviter les coutures latérales. Encolure et emmanchures ont été roulottées et finies à la main pour un effet rétrécissant et une ligne bien nette. Toutes les réserves de couture ont été finies à la main. La robe s’attache par des boutons-pression au dos.

Traitement de restauration

En préparation de l’exposition Balenciaga, maître de la haute couture, la tenue a été apportée au laboratoire de restauration pour y être examinée. Robe et combinaison étaient en bon état de conservation, mais nécessitaient tout de même un certain traitement avant de pouvoir être exposées.

Après de menus travaux de couture, le traitement de restauration s’est centré sur les plumes décorant la robe. Certaines étaient cassées, d’autres étaient tombées, laissant des sections de tissu entièrement dégarnies à l’ourlet, autour de l’encolure et près des emmanchures. Ce problème n’était pas dû à un défaut de la colle : les tiges des plumes, très fragiles, s’étaient plutôt cassées à la base. Nous avions un sac contenant environ 260 de ces plumes tombées qui avaient été conservées.

Les résidus de colle encore visibles sur le tissu.

L’esthétique était donc un enjeu important, le but du traitement étant de redonner au vêtement l’apparence voulue à l’origine par le couturier, celle d’une tenue d’avant-garde. Comme nous disposions des plumes originales, nous avons décidé de les réapposer sur la robe. Nous avons d’abord essayé de les coudre au moyen d’un fil de soie extrêmement fin, mais la technique s’est avérée insatisfaisante, les plumes ayant tendance à glisser entre les points de couture.

Nous avons donc décidé de les coller au tissu. Nous avons opté pour l’adhésif Lascaux 498 HV, une colle appréciée des restaurateurs pour sa stabilité chimique à long terme. Nous n’avions pas assez de plumes pour remplir toute la surface dégarnie, nous avons donc placé celles dont nous disposions à des endroits stratégiques afin de recréer l’effet d’ensemble. Les traces de colle encore visibles sur le tissu nous ont servi de guides pour replacer les plumes aux bons endroits.

Application d’adhésif sur le tissu pour y fixer une plume.

Bien que les réparations faites à l’aide de colle soient moins réversibles que celles qui sont effectuées au point de couture, le recours à la colle a tout de même offert des avantages dans ce cas : il a permis de fixer les plumes plus solidement et en moins de temps, et de répliquer le mode de fixation original.

L’emmanchure gauche avant et après le traitement : des plumes ont été fixées dans les sections dégarnies de l’encolure et de l’emmanchure afin de recréer l’apparence originale.

Même après ce traitement, toutefois, le vêtement demeure fragile. Ces longues plumes fines et délicates pouvant se casser facilement, il est de prime importance que le vêtement soit manipulé avec le plus grand soin. Pendant l’exposition, la robe est présentée dans une vitrine fermée. Après, elle sera emballée dans du papier de soie sans acide et rangée à plat dans une boîte pour la protéger de la lumière et de tout autre phénomène physique.

Sonia Kata, juin 2018

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