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Extraits de manuels d'histoire
1. Industrialisation | 2. Urbanisation | 3. Conditions de vie | 4. Guerres mondiales | 5. Politique et mouvements sociaux
3. CONDITIONS DE VIE
3.1 Portrait de la population
38) Comment peut-on définir la société vers 1850?
39) Comment peut-on définir les groupes socio-économiques qui composent la société vers 1850?
40) Quelles sont les différences entre le statut des hommes et des femmes au Canada vers 1850?
41) Y a-t-il de la discrimination raciale durant la deuxième moitié du 19e siècle au Canada?
42) Quels sont les grands mouvements de population au Canada durant le 19e siècle?
43) Quelles sont les origines de la montée du nationalisme acadienne au 19e siècle?
44) Comment se manifeste la montée du nationalisme acadien au 19e siècle?
45) Quels sont les jalons de l'avancement du peuple acadien de 1864 à 1914?
46) D'où proviennent les premiers chercheurs d'or qui affluent en Colombie-Britannique?
47) Qui travaille à la construction de la route d'accès à la région de la Cariboo en Colombie-Britannique?
48) Quelle place les immigrants chinois occupent-ils à Barkerville en Colombie-Britannique?
3.2 Travail et syndicalisme
49) Comment vit-on et travaille-t-on en ville au tournant du 20e siècle?
50) Qui sont les travailleurs d'usine, au Québec?
51) Comment le travail en usine s'effectue-t-il vers la fin du 19e siècle?
52) Le travail peut-il s'effectuer à domicile?
53) Comment se caractérise le monde du travail vers 1900?
54) Quelles sont les conditions de travail des ouvriers d'usine?
55) Quelle est la condition des travailleurs non spécialisés?
56) Que font les ouvriers face à ces conditions, vers la fin du 19e siècle?
57) Quelles sont les mesures adoptées par les gouvernements au cours de la seconde moitié du 19e siècle dans le domaine du travail ?
58) Quelles sont les suites de la Commission royale d'enquête sur les relations entre le capital et le travail?
59) Quelles sont les conditions de travail des ouvriers au début du 20e siècle?
60) Comment s'explique l'intégration importante des femmes au secteur des services au début du 20e siècle ?
61) Comment les syndicats fonctionnent-ils au Québec au début du 20e siècle?
62) Comment le syndicalisme évolue-t-il au Canada?
3.3 Qualité de vie
63) Comment l'épidémie de variole affecte-t-elle les Autochtones en Colombie-Britannique dans les années 1860?
64) Quelles sont les conditions d'hygiène et de santé en ville à la fin du 19e siècle et au tournant du 20e siècle?
65) La pollution est-elle une préoccupation au tournant du 20e siècle?
66) Comment les inégalités sociales s'inscrivent-elles dans l'espace?
67) Comment le taux de mortalité infantile varie-t-il d'un milieu à l'autre?
68) Qui se préoccupe d'éducation au 19e siècle?
69) Quel est le rôle des Églises en éducation, au 19e siècle?
70) Quel est le rôle de l'État en matière d'éducation au 19e siècle?
71) Quelles mesures prennent les gouvernements provinciaux en matière d'éducation vers la fin du 19e siècle?
72) Quelles sont les visions qui s'opposent pour le financement des écoles au 19e siècle?
73) Comment les écoles se développent-elles au Québec à la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle?
74) Comment les écoles se développent-elles au Nouveau-Brunswick, en milieu acadien, au 19e siècle?
75) Quels sont les loisirs en ville au tournant du 20e siècle?
3. CONDITIONS DE VIE
3.1 Portrait de la population
38) Comment peut-on définir la société vers 1850?
« La diversité est dans doute le trait dominant des sociétés coloniales dans les années 1850. Tout bien considéré, on ne peut parler d'une société coloniale, mais plutôt de plusieurs sociétés coloniales en Amérique du Nord britannique. Ainsi, sur le plan de la taille, un grand écart sépare la petite colonie de l'île du Prince-Édouard, avec ses 63 000 habitants, et le vaste Canada-Uni, peuplé d'environ 1 800 000 personnes. De même, il y a peu en commun du point de vue de la composition ethnoreligieuse entre la section est du Canada-Uni, essentiellement canadienne-française et catholique, et la section ouest, anglo-saxonne et protestante. En dépit de leurs différences fondamentales, les sociétés coloniales du siècle partagent à des degrés divers deux grandes caractéristiques. Tout d'abord, elles comportent toutes des divisions significatives qui limitent la mobilité sociale. Ensuite, elles sont des sociétés en mouvement, où les gens arrivent et partent dans l'espoir d'améliorer leur sort. »
Couturier, Jacques Paul. L'expérience canadienne, des origines à nos jours, Moncton, Éditions d'Acadie, 1994, p. 163.
39) Comment peut-on définir les groupes socio-économiques qui composent la société vers 1850?
« De façon générale, les sociétés coloniales de l'époque sont dites stratifiées, c'est-à-dire qu'elles se divisent en classes sociales selon l'occupation et le niveau de richesse des individus. Au sommet de la pyramide sociale trône un petit groupe de privilégiés. Cette classe sociale rassemble les grands marchands, des gens d'affaires et des membres des professions libérales. Ces individus sont actifs dans l'exploitation forestière, le commerce maritime, les chemins de fer et le secteur industriel naissant, et ils affichent un niveau de vie très supérieur. Ils donnent le ton au développement économique des différentes colonies, notamment à travers l'influence qu'ils exercent au sein de leurs gouvernements.
« Au milieu de la pyramide sociale, on distingue les membres des professions libérales, les grands agriculteurs, les commerçants locaux, les artisans prospères? Ces gens bénéficient d'une aisance relative mais ils ne sont pas vraiment à l'abri des revers de fortune. Sous eux, dans la hiérarchie sociale, se trouvent les petits journaliers; autrement dit, le gros de la population. En marge de la société sont relégués les déshérités, les handicapés, les Amérindiens, les prostituées, etc.. »
Couturier, Jacques Paul. L'expérience canadienne, des origines à nos jours, Moncton, Éditions d'Acadie, 1994, p. 163-164.
40) Quelles sont les différences entre le statut des hommes et des femmes au Canada vers 1850?
« Le niveau de vie et l'occupation ne déterminent pas toujours à eux seuls la classification sociale des individus; d'autres critères entrent également en ligne de compte. S'il en est un qu'il ne faut pas oublier, c'est bien le sexe, car les femmes sont toujours considérées comme inférieures aux hommes : aux termes de la loi, elles ne sont même pas des personnes! C'est pourquoi elles ne jouissent pas des mêmes droits juridiques et des mêmes possibilités d'emploi que la gent masculine. Les femmes mariées ne peuvent pas non plus engager de procédures judiciaires ni créer une entreprise, et le mari exerce un contrôle absolu sur les revenus de la famille. En politique, les femmes ne peuvent pas voter à l'élection des représentants à la Chambre d'assemblée. Certaines en ont déjà eu le droit mais l'ont perdu au cours des décennies précédentes. Les femmes peuvent néanmoins exercer une certaine influence sur le plan politique, par exemple en ayant recours à des pétitions. »
Couturier, Jacques Paul. L'expérience canadienne, des origines à nos jours, Moncton, Éditions d'Acadie, 1994, p. 164.
41) Y a-t-il de la discrimination raciale durant la deuxième moitié du 19e siècle au Canada?
« Un autre critère tout aussi pernicieux de hiérarchisation sociale est celui de l'ethnie ou de la race. Ainsi les Irlandais, bien que de race blanche et de langue anglaise, sont souvent réduits à un statut de défavorisés et confinés aux échelons socio-économiques inférieurs en raison de leur ethnie associée à la religion catholique. La discrimination est encore plus manifeste pour les Noirs et les Amérindiens. Le cas des Amérindiens est particulier, en ce sens que leur statut d'infériorité est défini en toutes lettres dans les lois sur les Amérindiens en vigueur dans les années 1850. Au Canada-Uni, par exemple, ces lois précisent qui est Amérindien et quelles capacités lui sont conférées sur le plan juridique. Dans cette optique, les droits civiques des autochtones sont limités et excluent notamment le droit de vote. Le seul moyen pour eux de devenir citoyens à part entière consiste à renoncer à la culture et au mode de vie amérindiens. Le droit de propriété des autochtones est également limité : dans les réserves, la propriété des terres revient au gouvernement, car celles-ci ont été déclarées terres de la Couronne. Pour pouvoir accéder au droit de propriété dans la réserve, l'Amérindien doit s'émanciper de son statut. Des conditions particulières s'appliquent par surcroît aux droits des femmes autochtones. Elles prévoient qu'une Amérindienne qui épouse un non-Amérindien perd son statut, tandis qu'un Amérindien qui marie une non-Amérindienne conserve le sien, et son épouse prend le statut d'Amérindienne.
« Les Noirs occupent également une position d'infériorité dans les colonies britanniques, quoique la loi n'y soit pour rien. En théorie, aucune barrière ne les empêche de prétendre à la citoyenneté; ils sont des citoyens de plein droit depuis l'abolition de l'esclavage. Celui-ci est officiellement interdit depuis 1834 dans l'ensemble de l'Empire, mais il était déjà en déclin depuis la fin du 18e siècle en Amérique du Nord britannique. Néanmoins, les Noirs sont en réalité casés dans un statut de défavorisés en raison de leur situation socio-économique et des perceptions liées à leur couleur et à l'héritage de l'esclavagisme. Qu'ils soient les descendants des premiers esclaves sous le régime français, de Loyalistes ayant fui la Révolution américaine ou d'esclaves en fuite des États-Unis, qu'ils vivent aux Maritimes ou au Canada-Ouest, les Noirs forment une main-d'oeuvre bon marché et sont employés comme manoeuvres ou journaliers. Ils demeurent à l'écart de la société, sont exclus des églises blanches, des écoles blanches? »
Couturier, Jacques Paul. L'expérience canadienne, des origines à nos jours, Moncton, Éditions d'Acadie, 1994, p. 164-165.
42) Quels sont les grands mouvements de population au Canada durant le 19e siècle?
« Un autre grand trait présent à des degrés divers dans les sociétés de l'Amérique du Nord britannique est la mobilité géographique. Au milieu du 19e siècle, de nombreuses personnes se déplacent et changent de lieu de résidence. D'une part, il y a les immigrants qui arrivent en grand nombre durant les années 1840 et 1850, particulièrement ceux d'origine irlandaise. Ainsi, environ 352 000 personnes immigrent dans les colonies d'Amérique du Nord de 1851 à 1861 [?] D'autre part, ces arrivées ne doivent pas masquer le fait qu'un grand nombre d'habitants des colonies britanniques choisissent au contraire de quitter le territoire. Entre 1851 et 1861, quelque 170 000 d'entre eux émigrent, surtout vers les États-Unis.
« Parmi les gens qui quittent les colonies, plusieurs sont des immigrants européens qui, aussitôt arrivés, repartent pour les États-Unis. Un bon nombre, cependant, sont les descendants de colons implantés de longue date dans les colonies. Cela est particulièrement vrai pour les Canadiens français, qui commencent à quitter le Canada-Est au début de la décennie en raison de la pénurie de terres agricoles. Près de 6 000 d'entre eux émigrent dans les années 1850 pour aller travailler dans les manufactures des États du nord-est des États-Unis. D'ailleurs, l'exode des Canadiens français ne fera que prendre de l'ampleur; 200 000 d'entre eux émigrent entre 1862 et 1871. Le phénomène se produit aussi dans diverses localités des Maritimes à la même époque.
« Les gens se déplacent aussi à l'intérieur des frontières de l'Amérique du Nord britannique, parce que les circonstances ou le contexte les forcent à le faire, mais également parce qu'ils ont l'espoir d'améliorer leur situation. La région la plus touchée par la mobilité intérieure est le Canada-Ouest [?] Le phénomène est surtout répandu dans les plus anciens foyers de colonisation, où l'excédent démographique et la rareté des terres incitent les gens à déménager dans les nouvelles régions de colonisation, dans les villes de la province et jusqu'aux États-Unis. Tous les secteurs d'emploi sont touchés par les allées et venues de populations. Les gens qui s'orientent vers les villes et les industries qu'elles renferment contribuent à la formation d'une classe ouvrière et d'un prolétariat urbain. »
Couturier, Jacques Paul. L'expérience canadienne, des origines à nos jours, Moncton, Éditions d'Acadie, 1994, p. 166-167.
43) Quelles sont les origines de la montée du nationalisme acadienne au 19e siècle?
« La question des écoles dans les années 1870 [?] amène un bon nombre d'Acadiens à prendre conscience de la situation de leur peuple non seulement dans le domaine de l'éducation, mais aussi sur les plans politique et culturel. Minoritaires, dispersés aux quatre coins de la province, les Acadiens sont faiblement représentés en politique, ils manquent d'institutions d'enseignement et n'ont qu'un journal, Le Moniteur acadien, que depuis 1867. Qui plus est, même s'ils constituent la majorité des catholiques de la province, ce sont les Irlandais qui tiennent le haut du pavé au sein de l'Église catholique. Ceux-ci, du reste, ne cachent pas leur intention d'assimiler les Acadiens. »
Couturier, Jacques Paul. L'expérience canadienne, des origines à nos jours, Moncton, Éditions d'Acadie, 1994, p. 225.
44) Comment se manifeste la montée du nationalisme acadien au 19e siècle?
«Durant les décennies suivantes [après les années 1870], le peuple acadien connaît un essor démographique, culturel et politique remarquable. La proportion de population acadienne au Nouveau-Brunswick passe ainsi de 17,5 p. 100 en 1871 à 28 p. 100 en 1911. De nouvelles maisons d'enseignement supérieur ainsi que de nouveaux journaux sont créés dans les communautés acadiennes. De même, la participation acadienne augmente au sein des partis politiques et dans les structures gouvernementales.
« Ces progrès gonflent le sentiment nationaliste des Acadiens, qui s'exprime pendant de grands congrès tenus au tournant du siècle. Organisés par l'élite laïque, dont Pierre-Amand Landry, et par le clergé acadiens, ces grands rassemblements aiguisent la conscience collective acadienne. On y discute des problèmes économiques, politiques et culturels qui touchent les Acadiens. On y adopte aussi des symboles pour représenter l'appartenance à la communauté acadienne. Ainsi, les délégués choisissent une fête nationale lors du premier congrès, tenu à Memrancook en 1881. À Miscouche, en 1884, ils adoptent un drapeau et un hymne national acadiens proposés par un des leurs : Mgr Marcel-François Richard. À partir du congrès d'Arichat en 1900, les Acadiens livrent une lutte acharnée contre la domination irlandaise au sein du clergé catholique. En 1912, après de nombreuses démarches auprès de Rome, le Acadiens obtiennent leur premier évêque.
« Jusqu'à la Première Guerre mondiale, les Acadiens concentrent leurs efforts sur le développement et la consolidation de leurs institutions. Ils bénéficient de l'appui des communautés religieuses, qui jouent un rôle prépondérant dans la fondation d'écoles, de pensionnats, de collèges et d'hôpitaux. Ils mettent sur pied plusieurs sociétés d'agriculture, qui activent la modernisation et la diversification du secteur agricole. Finalement, ils se dotent d'un important outil social et économique : la Société l'Assomption. Cette entreprise de secours mutuel, puis d'assurances, procure une certaine sécurité financière à de nombreux Acadiens. »
Couturier, Jacques Paul. L'expérience canadienne, des origines à nos jours, Moncton, Éditions d'Acadie, 1994, p. 225-227.
45) Quels sont les jalons de l'avancement du peuple acadien de 1864 à 1914?
1864 Fondation du premier collège classique en Acadie, le collège Saint-Joseph, à Memramcook (N.-B.)
1867 Lancement du Moniteur acadien, premier journal francophone de la région
1875 Affrontements à Caraquet concernant la loi scolaire de 1871
1878 Nomination de Pierre-Amand Landry au conseil des ministres du Nouveau-Brunswick, premier Acadien à y siéger
1881 Première « Convention nationale » des Acadiens, à Memramcook (N.-B.); choix d'une fête nationale : le 15 août
1884 Deuxième « Convention nationale » des Acadiens, à Miscouche (Î.-P.-É.); sélection d'un hymne national et d'un drapeau
1885 Création du Courrier des provinces maritimes, à Bathurst (N.-B.)
1887 Fondation de L'Évangéline, à Digby (N.-É.)
1890 Fondation du collège Sainte-Anne, à Pointe-de-l'Église (N -É.)
1893 Lancement de L'Impartial, à Tignish (Î.-P.-É.)
1899 Établissement du collège du Sacré-C?ur, à Caraquet (N.-B.)
1903 Mise sur pied de la Société l'Assomption, au Massachusetts (É.-U)
Publication de l'Histoire du Canada en 200 leçons de Philéas-F. Bourgeois
1912 Nomination du premier évêque acadien, Mgr Édouard Leblanc, à la tête du diocèse de Saint-Jean (N.-B.)
1913 Lancement du journal Le Madawaska, à Edmundston (N.-B.) »
Couturier, Jacques Paul. L'expérience canadienne, des origines à nos jours, Moncton, Éditions d'Acadie, 1994, p. 227.
46) D'où proviennent les premiers chercheurs d'or qui affluent en Colombie-Britannique?
« La rumeur selon laquelle on avait trouvé de l'or dans la région se propagea rapidement et atteignit San Francisco au début de 1858. Des centaines de mineurs sans emploi cherchèrent alors à s'embarquer sur n'importe quel bateau qui voudrait bien les emmener vers le nord. Le 25 avril 1858, quelque 450 mineurs débarquèrent du Yosemite, un bateau à aubes, le première navire à arriver au fort Victoria ce printemps-là. Presque immédiatement, les mineurs quittèrent l'île de Vancouver en direction du continent. Ils durent faire preuve d'imagination pour traverser le difficile détroit de Georgia; certains se construisirent même des radeaux de fortune. D'autres bateaux arrivèrent au cours des mois qui suivirent. À la fin de l'été, plus de 10 000 mineurs travaillaient sur les rives du fleuve Fraser. »
Cranny, Michael et al. Le Canada, La poussée vers l'Ouest, Montréal, Éditions de la Chenelière, 2002, p. 217.
« Avant la construction de la route d'accès à la région de la Cariboo [en 1862], les plus vieux sentiers qui longeaient le canyon du [fleuve] Fraser étaient ceux tracés par les Premières Nations. Les Autochtones, qui connaissaient parfaitement ces sentiers (et qui escortèrent d'ailleurs nombre de mineurs jusqu'aux champs aurifères), participèrent eux aussi à la construction de la route. On recherchait d'abord en priorité des travailleurs européens, mais la prospection minière avait provoqué une pénurie de main d'?uvre. Les entrepreneurs qui travaillaient sous les ordres des Royal Engineers commencèrent donc à embaucher des immigrants chinois ainsi que des Autochtones. Les immigrants chinois finirent par représenter environ le tiers des mineurs de la région de Cariboo. »
Cranny, Michael et al. Le Canada, La poussée vers l'Ouest, Montréal, Éditions de la Chenelière, 2002, p. 221.
48) Quelle place les immigrants chinois occupent-ils à Barkerville en Colombie-Britannique?
« Pendant près d'un siècle, les immigrants chinois occupèrent une place importante dans la ville de Barkerville. Ils ouvrirent plusieurs commerces, notamment la Kwong Lee Company, un magasin général qui vendait de l'épicerie, des vêtements, de la quincaillerie et des outils miniers. La compagnie Kwong Lee possédait des magasins dans d'autres parties de la Colombie-Britannique; celui de Barkerville était un des plus gros de la ville. La communauté chinoise construisit également des cabanes pour les mineurs chinois, dans lesquelles ils s'entassaient à quatre ou cinq pour économiser, ainsi que des Tai Ping (« chambre de repos»), l'équivalent des maisons de santé moderne. »
Cranny, Michael et al. Le Canada, La poussée vers l'Ouest, Montréal, Éditions de la Chenelière, 2002, p. 223.
3.2 Travail et syndicalisme
49) Comment vit-on et travaille-t-on en ville au tournant du 20e siècle?
« En 1891, environ 30 p. 100 des Canadiens habitent en milieu urbain. En 1911, ils sont plus de 40 p. 100. Au fur et à mesure qu'elles s'industrialisent et qu'elles grossissent, les villes accueillent des gens de tous les métiers, de toutes les conditions de fortune et qui proviennent de partout, aussi bien des régions avoisinantes que des pays les plus éloignés. Le développement des transports urbains permet aux classes moyenne et supérieure de quitter progressivement les centres-villes et d'aller habiter dans les régions périphériques et les banlieues, loin de la congestion et de la pollution. À l'opposé des banlieues aisées, plusieurs quartiers des centres-villes et les zones à proximité des manufactures et des industries reçoivent les classes de travailleurs qui, en général, vivent et travaillent dans des conditions inacceptables. Il en résulte que les grandes villes deviennent de plus en plus divisées du point de vue social. »
Couturier, Jacques Paul. L'expérience canadienne, des origines à nos jours, Moncton, Éditions d'Acadie, 1994, p. 243.
50) Qui sont les travailleurs d'usine, au Québec?
« Les nombreux Irlandais, chassés de leur pays par la misère et la famine, arrivent en grand nombre au Bas-Canada au cours de la première moitié du 19e siècle. Ils s'installent massivement dans les villes de Montréal et de Québec où ils travaillent comme man?uvres, journaliers et débardeurs. C'est ainsi qu'ils constituent une part importante des travailleurs de l'industrie naissante du Québec. Mais très tôt, des milliers de Canadiens français - femmes, hommes et enfants - trop nombreux dans les campagnes, viennent joindre les rangs de la main d'?uvre industrielle.
« Dans les entreprises qui requièrent une main-d'?uvre qualifiée, c'est-à-dire des travailleurs qui ont un métier spécialisé, comme par exemple dans l'industrie du fer ou de l'acier, très souvent on fait appel à des immigrants britanniques. Mais lorsqu'on a besoin de gens sans qualifications, on engage massivement des Canadiens français. Dans plusieurs industries, comme celles du tabac ou du textile, on emploie en grand nombre des femmes ainsi que des enfants et des adolescents, qui reçoivent des salaires bien inférieurs à ceux des hommes adultes.
[...]
« En 1891, sur 117 389 travailleurs dans les établissements industriels, ce qui représente près du tiers de la population active du Québec, il y a 22 898 femmes et 9 555 enfants ou adolescents de moins de 16 ans. Dans certaines usines, il n'est pas rare de trouver des enfants de moins de 12 ans. Comme l'écrira un inspecteur du travail au début du 20e siècle : "Mais que faire pour les pauvres enfants, garçons de 12 ans et filles de 14 ans, qui doivent se lever à 6 heures du matin pour déjeuner et être prêts à travailler à sept heures, puis peiner toute la journée jusqu'à 6 heures, à l'exception d'une heure pour le dîner? ". »
Charpentier, Louise, René Durocher, Christian Laville et Paul-André Linteau. Nouvelle histoire du Québec et du Canada, Anjou, Centre éducatif et culturel, 1990, p. 236.
51) Comment le travail en usine s'effectue-t-il vers la fin du 19e siècle?
« Le travail en industrie s'effectue de plus en plus dans de très grandes usines qui occupent des bâtiments de plusieurs étages. Chacune de ces usines emploie des centaines et même des milliers de personnes, regroupées dans des départements assurant chacun une étape différente de la fabrication des produits. »
Charpentier, Louise, René Durocher, Christian Laville et Paul-André Linteau. Nouvelle histoire du Québec et du Canada, Anjou, Centre éducatif et culturel, 1990, p. 236.
« Avec la transition vers la production industrielle, la nature du travail a changé. Les artisans indépendants comme les cordonniers effectuaient jadis toutes les tâches nécessaires à la réalisation de leurs produits. Avec la production industrielle, l'artisan fut de plus en plus souvent remplacé par un ouvrier non qualifié auquel les outils n'appartenaient pas et qui accomplissait une tâche bien précise nécessaire à la fabrication d'une partie du produit. Dans le cas d'un grand fabricant de chaussures, l'ouvrier utilisait la machine à coudre du propriétaire pour coudre les souliers. La transformation a touché l'échelle de la production, le lieu du travail et les outils. » [trad.]
Dickinson, John A. et Brian Young. Diverse Pasts, a History of Québec and Canada. Mississauga, Copp Clark, 1995, p. 190.
52) Le travail peut-il s'effectuer à domicile?
« Dans l'industrie du vêtement [vers la fin du 19e siècle], une partie du travail se fait à domicile. Un entrepreneur, appelé jobber, distribue des pièces de tissu à des dizaines de femmes et de jeunes filles qui les assemblent chez elles. Ces travailleuses ne reçoivent qu'un salaire dérisoire variant de 0,50 $ à 3 $ pour une semaine de travail. »
Charpentier, Louise, René Durocher, Christian Laville et Paul-André Linteau. Nouvelle histoire du Québec et du Canada, Anjou, Centre éducatif et culturel, 1990, p. 236-237.
53) Comment se caractérise le monde du travail vers 1900?
« Le monde du travail était en pleine mutation en 1900. Un grand nombre de gens travaillaient encore dans le secteur primaire (la pêche, l'agriculture, la foresterie et les mines), mais la majeure partie de la main-d'?uvre était employée dans des usines ou dans le secteur le plus dynamique de l'économie, celui des services. »
[...]
« Le secteur des services destinés au grand public était en pleine expansion. On trouvait toutes sortes d'emplois dans ce secteur : chauffeur de taxi, facteur, porteur, caissier, comptable, vendeur, teinturier, etc. Les possibilités d'emploi se multipliaient dans les bureaux. Les opérateurs de téléphone, les commis au classement, les sténographes, les comptables et les secrétaires remplaçaient les employés de bureau non spécialisés. Des inventions comme le téléphone, la machine à écrire et la machine à cartes perforées Hollerith transformaient le travail de bureau. »
Newman, Garfield et al. Regard sur le Canada, Montréal, Chenelière-McGraw-Hill, 2001, p. 49.
54) Quelles sont les conditions de travail des ouvriers d'usine?
« Les conditions de travail sont en général très dures. La plupart des ouvriers non qualifiés ne gagnent pas un salaire suffisant pour faire vivre une famille, ce qui les force à envoyer très jeunes leurs enfants sur le marché du travail. La semaine de travail varie de 60 à 72 heures, mais les ouvriers sont loin d'être assurés d'un emploi régulier car les entrepreneurs procèdent très souvent à des mises à pied temporaires. À l'intérieur de l'usine, les contremaîtres exercent une discipline rigoureuse et les enfants peuvent être battus. Les ouvriers sont soumis à des amendes de toutes sortes qui réduisent d'autant leur maigre salaire. De plus, les conditions d'hygiène sont souvent déplorables et les risques d'accidents élevés. »
Charpentier, Louise, René Durocher, Christian Laville et Paul-André Linteau. Nouvelle histoire du Québec et du Canada, Anjou, Centre éducatif et culturel, 1990, p. 237.
« Dans les années 1880, une commission royale s'est penchée sur les conditions de travail dans l'industrie canadienne en prévision de l'adoption de réformes sur le travail. Théophile Charron, un cigarier montréalais de quatorze ans, a témoigné lors de l'audience :
Q. Vous avez commencé à travailler à 11 ans ?
A. Oui monsieur.
Q. Quelle était votre rémunération durant votre apprentissage?
A. Un dollar par semaine pour la première année; 1,50 $ pour la deuxième; 2,00 $ pour la troisième.
Q.Avez-vous eu à payer des amendes durant votre apprentissage?
A. Oui monsieur. Plusieurs fois.
Q. Combien d'heures par jour travailliez-vous?
A. Parfois dix heures, parfois huit; c'est eux qui décidaient.
Q. Avez-vous déjà été battu?
A. Oui; pas assez fort pour être blessé, mais parfois, ils arrivaient, et si vous coupiez une feuille de la mauvaise façon, ils vous donnaient un coup de poing sur la tête. » [trad.]
Dickinson, John A. et Brian Young. Diverse Pasts, a History of Québec and Canada. Mississauga, Copp Clark, 1995, p. 248.
55) Quelle est la condition des travailleurs non spécialisés?
« Au Canada, l'industrialisation a créé une demande pour des travailleurs non spécialisés. Souvent, hommes et femmes surveillaient des machines pendant 10 à 12 heures par jour. En plus de la monotonie de la tâche, ouvrières et ouvriers devaient supporter des conditions de travail dangereuses et désagréables. Les propriétaires d'usine se souciaient peu de la sécurité des travailleurs ou de mettre des toilettes à leur disposition, et les pauses régulières n'existaient pas. Pour les travailleurs, un accident de travail signifiait un congé sans solde, ou même un renvoi. »
Cranny, Michel et al. Le Canada, la poussée vers l'Ouest, Montréal, Les Éditions de la Chenelière, 1999, p. 269.
56) Que font les ouvriers face à ces conditions, vers la fin du 19e siècle?
« Ces dures réalités amènent petit à petit les ouvriers à se regrouper en associations pour réclamer de meilleures conditions de travail. Mais jusqu'en 1872, les syndicats sont interdits par le Code criminel, ce qui les oblige à fonctionner un peu à la façon d'une société secrète. De là, toutefois, ils connaissent un premier essor. Les premiers syndicats québécois sont souvent des organisations d'origine américaine comme l'Ordre des Chevaliers du travail, fondé aux États-Unis en 1869. Dans les années 1880, les Chevaliers du travail réussissent à jouer un certain rôle d'éducation auprès des travailleurs québécois mais les moyens dont ils disposent ne leur permettent pas de faire vraiment face aux patrons.
« La majorité des syndicats sont structurés autour d'un métier qualifié tel celui des cordonniers, typographes, cigariers, charpentiers-menuisiers. Ils sont souvent affiliés à des syndicats semblables existant aux États-Unis, et qui, pour cette raison, prennent le nom d'unions internationales. En 1896, les unions internationales se regroupent dans la première véritable centrale ouvrière moderne en Amérique du Nord : la Fédération américaine du travail. Au Canada, leurs syndicats affiliés forment le Congrès des métiers et du travail du Canada. Ainsi le syndicalisme québécois et canadien est marqué par une forte influence.
« Lorsque les premiers syndicats tentent de négocier les conditions de travail avec les patrons, ils se heurtent à une résistance farouche. Les patrons refusent de reconnaître les syndicats, ne voulant discuter qu'avec chaque ouvrier individuellement. Le recours à la grève comme moyen de pression se fait donc de plus en plus fréquent. Au début, les grèves résultent souvent d'actions spontanées des ouvriers et elles donnent parfois lieu à des éclats de violence entraînant la répression par l'armée. Par la suite, les grèves, mieux encadrées par les organisations syndicales, ont plus de chances de succès, en particulier quand elles concernent des ouvriers qualifiés difficiles à remplacer. »
Charpentier, Louise, René Durocher, Christian Laville et Paul-André Linteau. Nouvelle histoire du Québec et du Canada, Anjou, Centre éducatif et culturel, 1990, p. 237-238.
« Au Québec, la Loi des manufactures, adoptée en 1885, fixe la semaine de travail à un maximum de 60 heures pour les femmes et les enfants et à 72 ½ heures pour les hommes. Elle interdit l'embauche de jeunes filles de moins de 14 ans et de garçons de moins de 12 ans sans autorisation des parents. On prévoit la nomination d'inspecteurs pour veiller à l'application de la loi et surveiller les conditions d'hygiène et sécurité. Mais comme on nomme que trois inspecteurs pour l'ensemble du Québec, les patrons peuvent facilement contourner la loi. »
« Le gouvernement fédéral, de son côté, après avoir retiré du Code criminel ce qui pouvait affecter la formation de syndicats, se contente, quelques années plus tard, de former une Commission d'enquête pour étudier les relations entre le capital et le travail. Cette Commission est l'occasion pour les ouvriers d'exprimer leurs griefs et d'expliquer leurs revendications, mais elle n'a pas de suites concrètes. »
Charpentier, Louise, René Durocher, Christian Laville et Paul-André Linteau. Nouvelle histoire du Québec et du Canada, Anjou, Centre éducatif et Culturel, 1990, p. 233.
« En 1886, le gouvernement fédéral crée la Commission royale d'enquête sur les relations entre le capital et le travail. Dans son rapport déposé en 1889, la Commission dresse une longue liste de recommandations dont plusieurs provinces, comme l'Ontario et le Québec, s'inspirent pour réglementer les relations entre employeurs et leurs employés. Conscient de la force croissante du syndicalisme, le gouvernement fédéral instaure en 1900 un ministère du Travail, destiné à régler les différends entre patrons et ouvriers. De plus, en 1907, il adopte une loi prévoyant l'arbitrage des conflits de travail dans les services publics. Cette mesure législative marque un premier pas vers la reconnaissance du droit à la négociation collective, c'est-à-dire l'obligation légale pour les employeurs de négocier avec les représentants des travailleurs. »
Couturier, Jacques Paul. L'expérience canadienne, des origines à nos jours, Moncton, Éditions d'Acadie, 1994, p. 247-248.
59) Quelles sont les conditions de travail des ouvriers au début du 20e siècle?
« La vie d'une ouvrière ou d'un ouvrier n'est pas facile. Au début de la période, la semaine normale de travail en usine est de soixante heures, à raison de dix heures par jour, du lundi au samedi. Graduellement, la durée de la semaine de travail est réduite : les travailleurs réussissent à obtenir congé le samedi après-midi ainsi qu'une réduction du nombre d'heures de travail. L'environnement en milieu de travail est souvent malsain, les usines mal ventilées et les accidents de travail nombreux.
« L'ouvrier et l'ouvrière du début du siècle ne connaissent aucune sécurité d'emploi. Le travail est irrégulier et le chômage fréquent. Les débardeurs et les ouvriers de la construction, par exemple, sont en chômage forcé tout l'hiver. Le salaire est généralement fort bas, sauf pour les ouvriers très qualifiés qui sont en mesure d'obtenir plus. Les femmes et les adolescents reçoivent des salaires dérisoires, bien inférieurs à ceux des hommes. Dans la majorité des cas, il faut plus qu'un salaire pour permettre à la famille de joindre les deux bouts. Le père doit parfois se trouver un deuxième emploi. La femme qui reste à la maison prend des locataires ou accepte des travaux de couture à domicile. Dès l'âge de 13 ou 14 ans, les adolescents, garçons et filles, vont travailler et remettent à leurs parents presque toute leur paie.
« Il n'y a pas d'assurance-chômage ni de sécurité sociale pour ceux qui perdent leur emploi. Les familles nécessiteuses doivent s'en remettre aux organisations de charité comme la Société Saint-Vincent-de-Paul. »
Charpentier, Louise, René Durocher, Christian Laville et Paul-André Linteau. Nouvelle histoire du Québec et du Canada, Anjou, Centre éducatif et culturel, 1990, p. 290.
« Le secteur des services faisait appel à un nombre grandissant de femmes. On prétendait en effet que les emplois de ce secteur convenaient mieux aux femmes parce qu'elles avaient le souci du détail et possédaient des mains agiles pour faire fonctionner les nouvelles machines, Ce n'était là qu'un prétexte, cependant. En réalité, les employeurs pouvaient payer les femmes moins cher que les hommes. »
Newman, Garfield et al. Regard sur le Canada, Montréal, Chenelière-McGraw-Hill, 2001, p. 49.
61) Comment les syndicats fonctionnent-ils au Québec au début du 20e siècle?
« La création des syndicats permet aux ouvriers d'améliorer leur situation en négociant avec l'employeur de meilleures conditions de travail. Les syndiqués restent cependant une minorité : pas plus de 10 à 15 % de la main-d'?uvre au cours de cette période.
« Il existe alors au Québec deux grands types d'organisations syndicales : celles qui sont affiliées à de grandes unions internationales d'origine américaine; celles qui se regroupent dans des syndicats nationaux, c'est-à-dire strictement canadiens, et qui en plus sont très souvent catholiques.
« Les filiales des unions internationales sont regroupées au sein d'une centrale, les Congrès des métiers et du travail du Canada (CMTC). Quant aux syndicats catholiques, ils représentent un phénomène nouveau. Dans les années 1880, les évêques étaient contre le syndicalisme, mais devant la force du mouvement, ils finissent par l'accepter. Ils s'opposent toutefois à ce que les ouvriers canadiens-français entrent dans les unions internationales, qui sont neutres sur le plan religieux. Ils leur proposent plutôt de former des syndicats qui seraient strictement canadiens et catholiques. De tels syndicats sont créés dans diverses villes, surtout à l'extérieur de Montréal, et ils se regroupent en 1921 dans une centrale, la Confédération des travailleurs catholiques du Canada (CTCC).
« Le début du siècle est une période de forte croissance pour le mouvement syndical. De nombreux syndicats sont créés un peu partout. Des grèves retentissantes éclatent. Le militantisme débouche même sur l'action politique. On fonde un parti ouvrier à Montréal qui parvient à faire élire quelques candidats. Au cours des années 1920 toutefois, la croissance s'arrête et le mouvement syndical vit une période de stagnation relative. »
Charpentier, Louise, René Durocher, Christian Laville et Paul-André Linteau. Nouvelle histoire du Québec et du Canada, Anjou, Centre éducatif et culturel, 1990, p. 290-291.
62) Comment le syndicalisme évolue-t-il au Canada?
Évolution du syndicalisme international au Canada, 1880-1902
Nombre d'unités syndicales en Province
| Province | 1880 | 1890 | 1897 | 1902 |
| Ontario | 42 | 147 | 192 | 615-635 |
| Québec | 10 | 30 | 47 | 111-116 |
| Nouveau-Brunswick | 0 | 12 | 17 | 43 |
| Nouvelle-Écosse | 0 | 10 | 13 | 46-50 |
| Manitoba | 0 | 11 | 17 | 48 |
| Colombie-Britannique | 0 | 25 | 27 | 137-139 |
| Territoires du Nord-Ouest (Alberta, Saskatchewan et Yukon) | 0 | 5 | 7 | 27-30 |
| Île-du-Prince-Édouard | 0 | 0 | 0 | 9 |
| Total | 52 | 240 | 320 | 1 036- 1 070 |
Couturier, Jacques Paul. L'expérience canadienne, des origines à nos jours, Moncton, Éditions d'Acadie, 1994, p. 247.
3.3 Qualité de vie
« [...] en 1862, une épidémie de variole apparut à l'extérieur de Victoria et se propagea dans la colonie. Maladie redoutée en Europe, la variole toucha gravement les colons et les mineurs. Pour les Autochtones des Amériques, la variole était presque toujours fatale, car, n'y ayant jamais été exposés auparavant, ils étaient complètement dépourvus d'immunité. On estime que la variole, par suite du contact avec les Européens, décima plus de 70 p. 100 de la population autochtone.
« À Victoria, les autorités réagirent à l'épidémie de manière rapide mais peu appropriée. En effet, on ordonna aux Autochtones de quitter l'agglomération et on détruisit leurs maisons. En chemin vers la côte, les Autochtones expulsés répandirent l'infection. À l'été, la variole était parvenue aux villages autochtones du nord de la colonie.
« Les conséquences furent dévastatrices. Les Autochtones se mirent à mourir par villages entiers, et les rares survivants se dispersèrent dans l'arrière-pays. Comme il ne restait plus personne pour accomplir les rites d'inhumation, les corps pourrissaient à l'air libre dans les villages abandonnés. Des voyageurs rapportèrent d'ailleurs ces scènes à la presse. C'est chez les Haidas des îles de la Reine-Charlotte que la variole frappa le plus fort cet été-là : plus de 80 p.100 de victimes. Des villages vieux de plusieurs milliers d'années devinrent fantômes en quelques mois. Sur toute la côte du Pacifique, on estime que plus de la moitié de la population totale d'environ 60 000 personnes mourut de la variole en 1862.
« Des négociants et prospecteurs européens peu scrupuleux ? ou ignorants ? n'arrangèrent pas les choses. Ils s'emparèrent des couvertures et d'autres possessions des défunts pour les revendre à d'autres villages autochtones. Or, le virus de la variole peut survivre pendant plus de six mois dans des vêtements contaminés. Par conséquent, les Autochtones qui avaient acheté ces marchandises contractèrent rapidement la maladie. Au cours de l'année 1863, un nombre encore plus grand d'Autochtones moururent de la maladie à l'intérieur des terres.
« Chez les Chilcotins, l'épidémie de variole déclencha une rébellion. Mécontents de voir leur terre ancestrale envahie par les travaux de construction routière ainsi que par un afflux importun de mineurs américains et européens (qui perturbèrent aussi leurs barrages à saumon ? clôture de branchage facilitant la pêche au saumon-), les Chilcotins, du moins ceux qui avaient survécu à la variole, prirent les armes en 1864. Plus précisément, ils attaquèrent quelques travailleurs qui construisaient une voie ferroviaire depuis la côte jusqu'à l'intérieur des terres. À la suite de ces attaques, cinq Chilcotins durent jugés et exécutés pour le rôle qu'ils avaient joué dans ce soulèvement. »
Cranny, Michael et al. Le Canada, La poussée vers l'Ouest, Montréal, Éditions de la Chenelière, 2002, p. 221.
« La vie en ville est alors loin d'être rose, en particulier dans les quartiers ouvriers. Plusieurs observateurs soulignent le fait que beaucoup de logements mal chauffés, mal aérés, n'ont ni eau courante ni toilettes intérieures. Les conditions d'hygiène sont insuffisantes et les épidémies nombreuses. La mortalité est élevée, en particulier chez les enfants : un grand nombre n'atteignent même pas l'âge d'un an. Les bas salaires et le chômage fréquent ne permettent pas aux familles ouvrières d'avoir un logement décent, une alimentation saine ou encore de se payer des services médicaux. »
Charpentier, Louise, René Durocher, Christian Laville et Paul-André Linteau. Nouvelle histoire du Québec et du Canada, Anjou, Centre éducatif et culturel, 1990, p. 242.
« Dans chaque ville importante, les travailleurs se concentrent dans des quartiers défavorisés où la misère et la pauvreté sont pratiquement le lot de chacun. À Montréal et à Toronto, par exemple, la plupart des travailleurs sont locataires dans des pensions ou des immeubles d'habitation vétustes et sans cour extérieure. Une famille moyenne de cinq personnes vit habituellement dans un appartement d'une ou deux pièces, qui bien souvent est humide, mal aéré, mal éclairé, peu meublé et les égouts sont la plupart du temps à ciel ouvert. La surpopulation s'avère un problème aigu. À Toronto, la croissance rapide mène à une pénurie de logements qui force plusieurs familles soit à partager un même logement, soit à s'abriter dans des cabanes, des tentes ou sur la rue, dans des boîtes de bois ou de carton. Ces conditions favorisent la propagation des maladies et entraînent un taux élevé de mortalité infantile. »
Couturier, Jacques Paul. L'expérience canadienne, des origines à nos jours, Moncton, Éditions d'Acadie, 1994, p. 243-244.
65) La pollution est-elle une préoccupation au tournant du 20e siècle?
« L'industrialisation amène avec elle un problème qui peut prendre des dimensions considérables : la pollution de l'air causée par les vapeurs toxiques ou nauséabondes que rejettent les cheminées des usines. Voici ce qu'en dit M. Joseph Lessard, fonctionnaire du gouvernement québécois, dans un rapport de 1896 :
Hygiène publique, fumosité. Voici une question sur laquelle plus d'une fois notre attention a été attirée. Il est regrettable de voir en effet qu'à Montréal, où l'agglomération s'étend de plus en plus, des industriels, peu soucieux de leurs intérêts, et méconnaissant les règlements d'hygiène publique, déversent dans l'atmosphère d'énormes quantités de fumée. C'est à ce point que durant les jours de chaleur que nous traversons, les bureaux, les magasins, habitations particulières, écoles, hôpitaux, sont au voisinage de telles usines obligés de fermer leurs fenêtres pour ne pas voir la fumée faire irruption chez eux. »
Charpentier, Louise, René Durocher, Christian Laville et Paul-André Linteau. Nouvelle histoire du Québec et du Canada, Anjou, Centre éducatif et culturel, 1990, p. 243.
66) Comment les inégalités sociales s'inscrivent-elles dans l'espace?
« Les écarts énormes entre les salaires et les classes sociales se reflétaient dans le paysage montréalais [au début des années 1900]. Les riches vivaient dans les luxueuses résidences en haut de la rue Sherbrooke, alors que les classes ouvrières se regroupaient dans des quartiers bien précis. Les Irlandais vivaient près du canal Lachine et des gares de triage du Grand Tronc à Pointe-Saint-Charles. Les nouveaux immigrants s'installaient le long du boulevard Saint-Laurent. Si certains francophones vivaient dans des quartiers de l'ouest comme Saint-Henri, la plupart s'installaient à l'est de la vieille ville entre les industries situées près du fleuve et les gares Angus du Canadien Pacifique. Dans la paroisse de Saint-Pierre-Apôtre près de la Brasserie Molson, 89 pour cent de la population était canadienne-française. Là, l'église jouait un rôle important, offrant un soutien à la fois social et éducatif, ainsi que spirituel. » [trad.]
Dickinson, John A. et Brian Young. Diverse Pasts, a History of Québec and Canada. Mississauga, Copp Clark, 1995, p. 293.
« [Les] inégalités sociales s'inscrivent [aussi] dans l'espace : chaque groupe a ses quartiers dont les conditions de logement et d'environnement sont radicalement différentes. [?] Il y a d'un côté des secteurs avec de larges avenues, de beaux arbres, des parcs et des maisons cossues. De l'autre, des rues étroites et mal entretenues, sans arbres ni espaces verts, avec des enfilades de maisons à plusieurs logements. »
Charpentier, Louise, René Durocher, Christian Laville et Paul-André Linteau. Nouvelle histoire du Québec et du Canada, Anjou, Centre éducatif et culturel, 1990, p. 282.
« Voici une description de deux quartiers de Montréal, rédigée en 1897 par Herbert Brown Ames, un industriel philanthrope et partisan de réformes sociales.
La ville en haut de la côte abrite les classes supérieures. Dans ses résidences bien construites on trouve les chevaliers d'industrie, les propriétaires fonciers et ceux qui travaillent plutôt avec leur esprit qu'avec leurs mains. La plus grande proportion des résidents appartient aux classes des patrons, des membres de professions libérales, et des employés d'administration. Dans ce secteur de la ville, les employés manuels sont rares et il n'y a pas de pauvres. C'est l'habitat réservé au riche et au bien nanti.
La ville en bas de la côte, de l'autre côté, abrite les masses. Ici, il est difficile de trouver un homme riche. Il y a bien quelques membres de professions libérales, mais quand on les additionne aux boutiquiers et aux hôteliers, on obtient à peine quinze pour cent de la population. La ville en bas de la côte abrite l'artisan, le travailleur manuel, l'ouvrier qualifié, le commis et les trois quarts de ses habitants appartiennent à cette classe, la véritable classe industrielle. Dans ce secteur, il y a des pauvres et, comme dans les autres villes, dix pour cent de la population est dans l'indigence et demande la sympathie du voisinage.
La plupart des résidents de la haute ville ne savent presque rien ? et parfois semblent s'en préoccuper encore moins ? de leurs compatriotes de la basse-ville. Ils connaissent souvent aussi mal la condition de ces derniers que celle des autochtones d'Afrique centrale. »
Charpentier, Louise, René Durocher, Christian Laville et Paul-André Linteau. Nouvelle histoire du Québec et du Canada, Anjou, Centre éducatif et culturel, 1990, p. 284.
67) Comment le taux de mortalité infantile varie-t-il d'un milieu à l'autre?
« Les différences dans la qualité de l'environnement ont un impact sur la santé de la population. On peut le voir en comparant les taux de mortalité infantile de certains quartiers de Montréal.
TAUX DE MORTALITÉ INFANTILE À MONTRÉAL
ET DANS LA BANLIEUE EN 1922 (en 0/00)
| Municipalités ou quartiers bourgeois | |
| Saint-André | 48,6 |
| Saint-Georges | 43,9 |
| Westmount | 55,1 |
| Outremont | 57,0 |
| Municipalités ou quartiers ouvriers | |
| Saint-Henri | 212,9 |
| Sainte-Anne | 182,4 |
| Sainte-Marie | 213,8 |
| Papineau | 195,7 |
Source : T. Copp, Classe ouvrière et pauvreté. »
Charpentier, Louise, René Durocher, Christian Laville et Paul-André Linteau. Nouvelle histoire du Québec et du Canada, Anjou, Centre éducatif et culturel, 1990, p. 285.
68) Qui se préoccupe d'éducation au 19e siècle?
« La famille joue un rôle fondamental en tant qu'institution sociale dans les sociétés coloniales tout au long du 19e siècle. Les Églises occupent également une position influente du point de vue social. Cependant, en plus d'être à l'origine de l'émergence d'une classe ouvrière, la progression de l'industrialisation amène l'État à intervenir timidement dans le champ social. L'intervention de l'État se fera sentir particulièrement dans le domaine de l'éducation. »
Couturier, Jacques Paul. L'expérience canadienne, des origines à nos jours, Moncton, Étions d'Acadie, 1994. p. 171.
69) Quel est le rôle des Églises en éducation, au 19e siècle?
« À l'époque, éducation et religion sont intimement liées. Jusqu'aux années 1840, cette collaboration se traduisait dans toutes les colonies par un régime d'écoles séparées en fonction de la confession religieuse, dans le cadre de systèmes scolaires plus ou moins développés. Les membres des différentes dénominations religieuses tenaient à ce que leurs enfants soient instruits conformément à leurs croyances. Les écoles confessionnelles, qui accordaient une large place à l'enseignement religieux, étaient financées à la fois par les contributions des parents et des subventions gouvernementales distribuées selon diverses formules. Quant à l'enseignement supérieur, il se trouvait presque complètement sous la coupe des Églises, quelle que soit la colonie.
« L'existence d'écoles séparées posait toutefois certains problèmes. Ainsi, puisqu'un grand nombre de communautés comprenaient plusieurs confessions religieuses, les écoles se multipliaient, les ressources étaient dispersées et les coûts engendrés augmentaient. Dans certaines régions, la taille de la population et les faibles revenus des gouvernements ne permettaient pas au système d'éducation de refléter toute la diversité religieuse de la société. De plus, de nombreuses personnes, surtout au Canada-Ouest, estimaient que les écoles séparées perpétuaient l'intolérance et les conflits religieux à l'intérieur du système d'éducation. Enfin, dans la foulée de l'industrialisation au milieu du siècle, l'éducation se voit progressivement confier un nouveau rôle, celui de donner aux individus les qualités nécessaires à leurs devoirs particuliers en tant que chrétiens, certes, mais aussi en tant que membres de la communauté. »
Couturier, Jacques Paul. L'expérience canadienne, des origines à nos jours, Moncton, Éditions d'Acadie, 1994, p. 171-172.
70) Quel est le rôle de l'État en matière d'éducation au 19e siècle?
« En raison (...) [des] critiques, le système des écoles séparées est de plus en plus mis en cause dans les colonies à compter des années 1840. L'État se met à disputer à l'Église son pouvoir dans le domaine de l'éducation et tente de généraliser l'éducation publique et non confessionnelle. Pour ce faire, les gouvernements coloniaux créent et financent des écoles publiques, c'est-à-dire des écoles théoriquement accessibles à tous et dont les coûts sont entièrement assumés par l'État ou, plus concrètement, par les taxes des contribuables. Ces interventions vont engendrer de profonds remous et alimenter un vaste débat, surtout entre catholiques et protestants, sur la place de la religion à l'école. »
Couturier, Jacques Paul. L'expérience canadienne, des origines à nos jours, Moncton, Éditions d'Acadie, 1994, p. 171.
« À compter des années 1870, certains gouvernements provinciaux choisissent de limiter ou d'abolir l'enseignement religieux dans les écoles, afin de faire taire les critiques de plus en plus acerbes de leur électorat protestant et de moderniser leur système éducatif. Les catholiques, pour qui l'enseignement de la religion est synonyme de survie culturelle, mèneront une rude bataille contre le non-respect de ce qu'il affirment être leurs droits constitutionnels. Du reste, les débats prendront une dimension de plus en plus linguistique et de moins en moins religieuse au fil des ans. Il n'en demeure pas moins que les conflits scolaires s'échelonneront sur plusieurs décennies et toucheront directement la majorité de la population : d'abord au Nouveau-Brunswick, puis au Manitoba, dans les Territoires du Nord-Ouest et finalement, en Ontario. Ils causeront bien des tracas au gouvernement fédéral, en particulier à celui du premier ministre canadien-français Wilfrid Laurier. »
Couturier, Jacques Paul. L'expérience canadienne, des origines à nos jours, Moncton, Éditions d'Acadie, 1994, p. 219.
72) Quelles sont les visions qui s'opposent pour le financement des écoles au 19e siècle?
« L'article 93 de l'Acte de l'Amérique du Nord britannique garantit aux minorités les droits qui leur étaient déjà reconnus dans leur province en matière d'éducation et de religion. Cette protection s'est étendue aux habitants du Manitoba lors de la création de la province en 1870. Cependant, dans les provinces à majorité protestante, la population accepte mal que les fonds publics servent à l'enseignement d'un contenu religieux, à plus forte raison catholique. La plupart des protestants estiment que les Églises et les parents sont les seuls responsables de l'enseignement religieux. Ils croient que l'État doit demeurer neutre et distribuer ses subventions uniquement aux écoles qui n'enseignent pas la religion ou qui ne sont pas liées à aucune religion spécifique. De leur côté, les catholiques tiennent à un système d'écoles confessionnelles subventionnées par l'État et offrant l'enseignement de la morale et de la religion. Cet attachement est d'autant plus tenace que langue et religion vont de pair aux yeux des Canadiens français. Défendre la place de la religion à l'école, c'est donc aussi défendre la place de la langue. »
Couturier, Jacques Paul. L'expérience canadienne, des origines à nos jours. Moncton, Éditions d'Acadie, 1994, p. 218-219.
« Après 1801, le Bas-Canada a adopté en matière d'éducation d'importantes lois qui apportaient une aide financière aux communautés désirant ouvrir des écoles. Jusqu'aux années 1840, cependant, la communauté locale n'était pas tenue d'envoyer ses enfants dans des écoles officielles. Plusieurs communautés rurales étaient réfractaires aux taxes, à l'autorité étatique et à la perte de contrôle sur leurs enfants qu'entraînait l'éducation. Les prêtres étaient nombreux à s'opposer à un système d'éducation qui réduisait leur autorité sur la communauté locale.
« En 1845-1846, les lois sur l'éducation établirent la structure de l'éducation au Québec pour le prochain siècle. Deux systèmes soutenus par l'État ? protestant et catholique romain ? furent mis sur pied. Le rôle de l'État en matière d'éducation était moins important dans le Bas que dans le Haut-Canada, quoiqu'il exerçait une influence sur les taxes scolaires, la formation des enseignants et les manuels scolaires. Les autorités protestantes et catholiques furent investies d'un grand pouvoir sur les écoles.
« Au-delà de l'école primaire, le collège classique dominait l'éducation catholique. Ces pensionnats, dans lesquels enseignaient surtout des religieux, favorisaient une éducation générale où le grec, le latin, la religion et les mathématiques occupaient une grande place. La clientèle étudiante était composée majoritairement de fils de commerçants, de médecins et d'avocats. Fondée en 1852, l'Université Laval comprenait alors les facultés de théologie, de droit, de médecine et des arts.
« La Montreal High School fut construite en 1843. Comme le Stanstead College (fondé en 1817), le Bishop's College (fondé en 1837) et la St. John's School, devenue le Lower Canada College en 1909, la Montreal High School fut fondée pour préparer les garçons protestants à une carrière professionnelle dans un secteur comme la médecine ou le droit. Les Écossais exerçaient sur cette école une influence supérieure à celle des Anglais; c'est pourquoi les sciences et les sujets classiques y occupaient une place importante. Plusieurs des diplômés de l'école poursuivirent leurs études à l'Université McGill qui, dans les années 1850, possédait des facultés de médecine, de droit et des arts. Dans les années 1860, les femmes étaient admises dans de nombreuses universités américaines, et en 1875, la Mount Allison University, au Nouveau-Brunswick, comptait une femme parmi ses diplômés. C'est en 1888 que sortit de McGill la première classe de femmes diplômées, alors qu'à Laval, les femmes ne furent admises qu'en 1910.
« Les communautés religieuses comme les Frères des écoles chrétiennes et la Congrégation Notre-Dame formaient les professeurs pour le système d'éducation catholique romain. En 1853, 11 pour cent des enseignants dans les écoles catholiques étaient des religieux, et en 1887, ce pourcentage était passé à 48 pour cent.
« Après 1845, les écoles se sont rapidement répandues dans tout le Québec, faisant augmenter le taux d'alphabétisation. En 1861, 65 pour cent des adultes du Québec savaient lire. C'est aussi à cette période qu'on développa une éducation supérieure.
« L'Église occupait alors une grande place dans la vie des Canadiens. Les communautés protestantes établirent des lieux consacrés au culte dans toute la colonie. Mais les anglophones catholiques eurent parfois à lutter pour obtenir leurs propres églises comme en témoigne la "Petition for an English-Catholic Church". » [trad.]
Dickinson, John A. et Brian Young. Diverse Pasts, a History of Québec and Canada. Mississauga, Copp Clark, 1995, p. 202-206.
74) Comment les écoles se développent-elles au Nouveau-Brunswick, en milieu acadien, au 19e siècle?
« Rares étaient les écoles françaises financées par les parents et les paroisses dans les Maritimes durant la première moitié du 19e siècle. Les jeunes Acadiens et Acadiennes recevaient au mieux une éducation rudimentaire par les soins de maîtres ambulants qui transmettaient leur savoir de village en village. Il a fallu attendre jusqu'aux années 1850 et 1860 pour qu'augmente considérablement le nombre d'instituteurs et d'écoles desservant les francophones, grâce au dévouement accru de prêtres catholiques et de communautés religieuses, et à l'assistance financière d'amis du Canada-Est et de France. Du côté de l'enseignement supérieur, le collège Saint-Thomas est érigé à Memramcook en 1854, fruit du labeur de l'abbé François-Xavier Lafrance. Il sera remplacé en 1863 par le collège Saint-Joseph, sous la conduite de l'abbé Camille Lefebvre. »
75) Quels sont les loisirs en ville au tournant du 20e siècle?
Ne connaissant ni la télévision, ni la radio ni le cinéma, les gens devaient trouver des façons d'occuper leurs loisirs.

