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IDÉE D'ENQUÊTE G - DE LA MANIVELLE AU CELLULAIRE!

La consultation de ces textes est proposée dans l'activité Web "De la manivelle au cellulaire!" (idée d'enquête G).

  1. Quels doutes émet-on à l’égard du téléphone, à ses débuts?
  2. À quoi sont liées les recherches sur le téléphone?
  3. À quoi ressemble le service téléphonique des années 1880?
  4. Qu’est-ce que le système de batterie centrale?
  5. Y a-t-il plusieurs compagnies de téléphone au début du 20e siècle?
  6. Quel est le taux de pénétration du téléphone au Canada, au début du 20e siècle?
  7. Qu’est-ce qui explique la féminisation du métier de téléphoniste?
  8. Qui occupent les postes de téléphonistes au début du 20e siècle et comment les considère-t-on?
  9. Comment éclatent les premiers conflits syndicaux dans l’industrie du téléphone?
  10. Quel est le salaire des téléphonistes au début du 20e siècle?
  11. Comment diffère la condition des femmes de celle des hommes dans l’industrie du téléphone au début du 20e siècle?

 54) Quels doutes émet-on à l’égard du téléphone, à ses débuts?

 « Quand survient le téléphone, on émet des doutes sur le sérieux de cet instrument. Qui pourrait songer à confier des ordres à un instrument qui ne laisse pas de traces écrites? La gestion des affaires et l’administration de l’État, bref les choses sérieuses s’expriment par écrit et, si possible, sous forme imprimée

« Qui plus est, au-delà du divertissement scientifique, à quoi pourrait bien servir le téléphone? »

Rens, Jean-Guy. L’empire invisible. Histoire des télécommunications au Canada de 1846 à 1956, Sainte-Foy, Presses de l’Université du Québec, 1993, p.71.

 55) À quoi sont liées les recherches sur le téléphone?

 « Comme pour le télégraphe, les véritables recherches sur le téléphone sont liées aux développements de la recherche sur l’électricité qui survinrent au début du XIXe siècle. »

Rens, Jean-Guy. L’empire invisible. Histoire des télécommunications au Canada de 1846 à 1956, Sainte-Foy, Presses de l’Université du Québec, 1993, p. 75.

 56) À quoi ressemble le service téléphonique des années 1880?

 « Il ne suffit pas de décrocher son téléphone pour avoir accès au service. Tout d’abord, il faut vérifier si les contacts de carbone du microphone ont été récemment grattés et ajustés. Ensuite, il faut brancher soigneusement la pile à ammoniaque. Là aussi, une vérification est nécessaire car la pile doit être régulièrement renouvelée, ce qui est une opération délicate car il faut prendre garde que le liquide ne se répande à terre au risque de trouer les tapis et d’empester la pièce…Il faut alors tourner la manivelle du magnéto pour prévenir les téléphonistes du central qu’on est en ligne.

« Mais ce n’est pas tout. Le temps qu’il fait dehors a aussi son importance car le fil unique qui achemine la communication doit être sec ainsi que les isolateurs. S’il y a un fil télégraphique ou électrique en fonctionnement dans le voisinage, toute conversation devient inaudible. Le récepteur est le seul élément du système relativement sûr. Bref, le téléphone a besoin d’un entretien constant qui contribue à le confiner dans le cadre du bureau où des employés peuvent en prendre soin et à l’écarter de la maison, sinon chez quelques bricoleurs impénitents et…fortunés. »

Rens, Jean-Guy. L’empire invisible. Histoire des télécommunications au Canada de 1846 à 1956, Sainte-Foy, Presses de l’Université du Québec, 1993, p. 126.

 57) Qu’est-ce que le système de batterie centrale?

 « De nombreuses améliorations ont jalonné l’histoire du standard manuel dont la plus importante fut sans conteste la mise au point d’un système de batterie centrale au début des années 1890. […] Au début de la téléphonie, le courant électrique provenait des appareils téléphoniques eux-mêmes. Les techniciens de la compagnie de téléphone multipliaient les visites aux abonnés afin d’entretenir la pile électrique qui alimentait en courant continu le transmetteur et la génératrice qui servait à la sonnerie. Mais la pile utilisée fonctionnait à l’acide et à la moindre avarie pouvait occasionner une fuite et entraîner des dégâts sérieux, voire des brûlures. Le système à batterie centrale supprime tous ces inconvénients. Les deux formes de courant nécessaire à la téléphonie sont alors produits dans le central.

[…]

« Le premier standard à batterie centrale fut mis en service en 1893 à Lexington, dans le Maine. Au Canada, ce sera Ottawa qui inaugurera la nouvelle technique en 1900. Un grand pas avait été fait dans le sens de la maniabilité du téléphone. En effet, les appareils téléphoniques furent libérés des lourds boîtiers contenant la pile et la génératrice. Les premiers téléphones de bureau font leur apparition : ce sont des téléphones à colonne où le transmetteur est fixe et le récepteur est mobile au bout d’un cordon. Il faudra attendre les années 20 pour que des appareils à combiné soient mis à la disposition du grand public en Amérique du Nord. »

Rens, Jean-Guy. L’empire invisible. Histoire des télécommunications au Canada de 1846 à 1956, Sainte-Foy, Presses de l’Université du Québec, 1993, p. 213; 219; 215.

 58) Y a-t-il plusieurs compagnies de téléphone au début du 20e siècle?

 

« Nombre d’entreprises privées ou municipales verront le jour avec plus ou moins de bonheur. Au début, leur statut était incertain : fallait-il les considérer comme des concurrentes de Bell Telephone ou comme des compagnies indépendantes exerçant un monopole sur leur territoire tout comme Bell sur le sien? Jusqu’au grand débat public de 1905 sur le statut de la téléphonie au Canada, Bell considérera les entreprises indépendantes comme des concurrentes, refusera d’interconnecter leurs réseaux locaux à son réseau interurbain et cherchera à les acheter au fur et à mesure qu’elles rencontreront des difficultés de financement. »

Rens, Jean-Guy. L’empire invisible. Histoire des télécommunications au Canada de 1846 à 1956, Sainte-Foy, Presses de l’Université du Québec, 1993, p. 148.

 59) Quel est le taux de pénétration du téléphone au Canada, au début du 20e siècle?

« Taux de pénétration du téléphone au Canada

(nombre de téléphones par 100 habitants)

 Province Année 1901* 1910** 1915**
T.-N. - - -
Î.-P.-E - 1.1% 2.5%
N.-É 0.8% 2.6% 4.6%
N.-B 0.8% 2.9% 5.1%
QC 1.0% 2.6% 4.7%
Ont. 1.1% 5.4% 9.8%
Man. - 7.4% 10.4%
Sask. - 1.6% 6.5%
Alb. - 2.7% 9.4%
C.-B. 1.6% 5.0% 11.2%
Canada 1.2% 3.9% 7.6%

*Proceedings of the Select Committee on Telephone Systems, King’s Printer, S.E. Dawson, Ottawa, 1905, 2 volumes (1047 pages et 817 pages). Cf. vol. 1, p. 8.

**Estimation de l’auteur à partir de données de Bell Canada (ACB 34 564) et de Statistique Canada.

***Telephone Stations, Dominion of Canada, Dec 31, 1915, L.B. McFarlane, ABC 34564.

Rens, Jean-Guy. L’empire invisible. Histoire des télécommunications au Canada de 1846 à 1956, Sainte-Foy, Presses de l’Université du Québec, 1993, p. 270.

 60) Qu’est-ce qui explique la féminisation du métier de téléphoniste?

 « À la différence de la télégraphie, la téléphonie ne requiert aucune qualification technique de la part des opérateurs. Les entreprises écarteront donc les techniciens-opérateurs du métier et engageront pendant quelques temps des apprentis. Mais la solution n’est pas retenue en raison du syndicalisme montant. La grève organisée par les Chevaliers du travail en 1883 dans l’industrie voisine du télégraphe semble être la cause principale, bien que jamais mentionnée, de la féminisation du métier de téléphoniste. En effet, jusqu’à l’introduction des premiers centraux automatiques dans les années 20, les téléphonistes ont tenu l’ensemble du réseau entre leurs mains. Un arrêt de travail des téléphonistes pouvait paralyser le système d’une minute à l’autre, alors que l’impact d’une grève de techniciens aurait été plus long à se faire sentir.

« À partir de la grève du télégraphe, les compagnies de téléphone rationalisent donc le métier de téléphoniste : la fonction de maintenance des installations est séparée de la fonction d’opérateur. Être téléphoniste, c’est être opérateur, c’est-à-dire opératrice, ce qui permet de remplacer les apprentis par des femmes non syndiquées. Les syndicats affichaient une très grande méfiance vis-à-vis des femmes accusées de « voler les emplois » des hommes et ils refusaient de les organiser. Très rapidement, les compagnies de téléphone abandonneront la main-d’œuvre masculine, tant adulte qu’enfantine, et opteront pour le travail des femmes. »

Rens, Jean-Guy. L’empire invisible. Histoire des télécommunications au Canada de 1846 à 1956, Sainte-Foy, Presses de l’Université du Québec, 1993, p. 244.

 61) Qui occupent les postes de téléphonistes au début du 20e siècle et comment les considère-t-on?

« Il s’agissait en général de jeunes filles de 17 à 25 ans qui travaillaient en attendant de se marier. Cette situation temporaire explique le peu d’égards que les entreprises leur témoignaient- ainsi que les syndicats. Leur salaire était nettement insuffisant pour celles d’entre elles qui devaient subvenir à leurs besoins. Or, près de la moitié des téléphonistes vivaient hors de leur famille. Pour celles-ci, la seule façon de subsister était de faire des heures supplémentaires, d’avoir un emploi parallèle ou de se faire entretenir.

[…]

«  Malgré tout, le métier de téléphoniste était très recherché car c’était pour les filles de la classe ouvrière un des rares moyens d’ascension sociale. Les premières téléphonistes bénéficiaient du prestige de la technologie encore un peu mystérieuse du téléphone et le public les considérait avec autant de déférence que les maîtresses d’écoles.

[…]

« Les compagnies de téléphone n’avaient donc aucun mal à trouver des candidates et à les remplacer quand c’était nécessaire.

« Dans de telles conditions, il n’est pas étonnant que le mouvement de revendication dans l’industrie du téléphone soit venu des monteurs de lignes et non des téléphonistes, même s’ils gagnaient environ le double de ces dernières. »

Rens, Jean-Guy. L’empire invisible. Histoire des télécommunications au Canada de 1846 à 1956, Sainte-Foy, Presses de l’Université du Québec, 1993, p. 247.

 62) Comment éclatent les premiers conflits syndicaux dans l’industrie du téléphone?

 « La question sociale éclata dans l’industrie du téléphone au moment même où l’agitation populiste battait son plein. En effet, la première véritable grève dans l’histoire canadienne du téléphone eut lieu à Vancouver quand la compagnie new Westminster and Burrard Inlet Telephone exigea que les monteurs de ligne achètent eux-mêmes leurs outils de travail.

« En septembre 1902, les monteurs de ligne débrayèrent et, contre toute attente, emportèrent la partie. »

Rens, Jean-Guy. L’empire invisible. Histoire des télécommunications au Canada de 1846 à 1956, Sainte-Foy, Presses de l’Université du Québec, 1993, p. 248.

 63) Quel est le salaire des téléphonistes au début du 20e siècle?

 « Au tournant du siècle, la journée de travail à Bell Telephone était de dix heures pour les techniciens et de huit heures pour les téléphonistes (on travaillait six jours par semaine)[…]

« Bell Telephone tenta une expérience à Toronto en 1903 quand des réparations occasionnèrent un surcroît de travail au central principal. La journée des téléphonistes fut ramenée à cinq heures, sans diminution de salaire. En revanche, les pauses d’un quart d’heure toutes les deux heures furent supprimées. L’idée, aux dires de la compagnie, était de faire travailler les téléphonistes intensément, mais pendant de brèves périodes de temps.

« Dans les faits, il en alla tout autrement. Si les salaires ne baissèrent pas, ils furent gelés à 25 dollars par mois alors qu’ils montaient partout ailleurs dans la compagnie. Comme il était impossible de vivre avec 25 dollars par mois, les téléphonistes firent deux roulements successifs de cinq heures. »

Rens, Jean-Guy. L’empire invisible. Histoire des télécommunications au Canada de 1846 à 1956, Sainte-Foy, Presses de l’Université du Québec, 1993, p. 250.

 64) Comment diffère la condition des femmes de celle des hommes dans l’industrie du téléphone au début du 20e siècle?

 « Quelle est la situation d’ensemble de l’industrie canadienne du téléphone à la veille de la première guerre mondiale? Deux facteurs marquent la question sociale : la massification des effectifs et leur féminisation.

[…]

« Faute de pouvoir automatiser les centraux, sera contrainte d’engager de plus en plus de  téléphonistes. Le bureau des téléphonistes est dans le secteur tertiaire l’équivalent de la chaîne de montage dans le secteur manufacturier : les gestes répétitifs et minutés ont abouti à la déshumanisation complète de ce métier. Il n’est pas étonnant que les grèves les plus significatives aient été le fait des téléphonistes. Mais leur succès a toujours été aléatoire en raison de la situation précaire des femmes dans le marché du travail et du refus des syndicats de les organiser.

« Le technicien, de son côté, a conservé certains des atouts de l’artisan préindustriel (il les conserve aujourd’hui encore). Toujours en route, que ce soit pour construire de nouvelles lignes ou pour installer des téléphones chez les nouveaux abonnés, il vit loin de la hiérarchie administrative et de l’atmosphère des bureaux. En outre, son métier fait appel à des connaissances techniques très précises, ce qui empêche qu’on le remplace du jour au lendemain par des briseurs de grève.

« Quand les compagnies de téléphone, sous l’action conjuguée de la pression syndicale et de la pression gouvernementale, accepteront d’améliorer les conditions de travail, de revaloriser les salaires et d’introduire des avantages sociaux, ce sont les techniciens qui en seront les premiers bénéficiaires. »

Rens, Jean-Guy. L’empire invisible. Histoire des télécommunications au Canada de 1846 à 1956, Sainte-Foy, Presses de l’Université du Québec, 1993, p. 256-257 et 261.