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IDÉE D'ENQUÊTE Nº 5 -POUR OU CONTRE LE TRAVAIL DES ENFANTS?

La consultation de ces textes est proposée dans l'activité Web "Pour ou contre le travail des enfants?" (idée d'enquête no 5).

  1. Quels aspects de l’économie québécoise favorisent le développement industriel, au XIXe siècle?
  2. Pourquoi certains enfants travaillent-ils, durant la seconde moitié du 19e siècle?
  3. En quoi la situation du père influence-t-elle le travail des enfants?
  4. Comment les enfants des familles pauvres aident-ils leurs parents?
  5. De quelle façon les enfants d’ouvriers fréquentent-ils l’école?
  6. Dans quel type de manufactures travaillent les femmes et les enfants à Montréal en 1891?
  7. Pourquoi l’enrôlement des enfants constitue-t-il un trait fondamental du système manufacturier au XIXe siècle?
  8. Qu’est ce que l’école d’industrie, au Québec?
  9. Qu’est-ce que l’école de réforme, au Québec?
  10. Quel est le niveau d’instruction des ouvriers?
  11. Quelles sont les lois limitant le travail des enfants au Québec?
  12. Comment la loi concernant les maîtres et les serviteurs (au Québec) avantage-t-elle les employeurs ?
  13. Pourquoi l’apprentissage dans les manufactures est-il un système d’esclavage déguisé, selon Jean-Baptiste Gagnepetit?
  14. Quel est le sort réservé aux jeunes ouvriers des fabriques de cigares et de tabac?
  15. Quelle est la mission des inspecteurs de manufactures?
  16. Quel est le premier geste concret en vue de l’instruction obligatoire, au Québec?

 5) Quels aspects de l’économie québécoise favorisent le développement industriel, au XIXe siècle?

« Protection tarifaire et main-d’œuvre à bon marché favorisaient le développement industriel du Québec, mais le gros de la production se limitait à l’industrie de consommation. Les principaux types d’industries qui s’installent au Québec durant cette période sont le textile, le cuir, le tabac et les vêtements. Industries légères qui n’exigent pas de qualifications particulières, ni d’efforts musculaires, et qui favorisent le travail des femmes et des enfants.

[…]

« Il faut bien l’admettre, les moyens de préventions ne s’accordent pas toujours avec les vues du patron. Certains accessoires pour la protection des ouvriers par exemple, peuvent diminuer le rendement des travailleurs. Il devient alors très difficile de persuader les employeurs de leur caractère essentiel. »

Crevier, Claudette. « État et travail des enfants au Québec (1880-1900) ». Mémoire présenté comme exigence partielle de la maîtrise en histoire, Université du Québec à Montréal, 1992, p. 45, 78.

 6) Pourquoi certains enfants travaillent-ils, durant la seconde moitié du 19e siècle?

« En Ontario et au Québec, dans les années 1880, la loi interdit le travail des enfants, des garçons de moins de 12 ans et des filles de moins de 14 ans. Mais on n’arrive pas à l’appliquer. En Nouvelle-Écosse, les garçons ne peuvent travailler avant l’âge de 10 ans, ni plus de 60 heures par semaine jusqu’à l’âge de 12 ans! Ce ne sont pas seulement les méchants capitalistes qui sont à l’origine du travail des enfants. Il y a conspiration entre les parents et les employeurs, qui tous y trouvent leur profit : l’enfant a besoin d’un apprentissage, les parents ont besoin de l’argent que l’enfant rapporte à la maison et l’employeur a besoin d’une main-d’œuvre à bon marché. Le travail des enfants n’en est pas moins répréhensible, mais le blâme doit être partagé. D’ailleurs, la famille urbaine est en continuité avec la famille rurale; dans l’une comme dans l’autre, l’enfant travaille de longues heures. »

Waite, Peter. « Un défi continental : 1840-1900 ». Histoire générale du Canada, Craig Brown (dir.), Montréal, Les éditions du Boréal, 1990, p. 411.

 7) En quoi la situation du père influence-t-elle le travail des enfants?

« Le travail et la santé du père sont les deux facteurs les plus importants pour rendre compte du travail des jeunes enfants. La plupart de ces enfants de moins de 15 ans travaillent parce que leur père est décédé, ou parce qu’il a l’habitude de s’enivrer ou encore parce qu’il gagne un salaire insuffisant. »

Bradbury, Bettina. Familles ouvrières à Montréal, Âge, genre et survie quotidienne pendant la phase d’industrialisation, Montréal, Les éditions du Boréal, 1995, p. 163.

 8) Comment les enfants des familles pauvres aident-ils leurs parents?

« [En ville, à la fin du 19esiècle notamment] L’état d’insécurité de la famille sur le plan financier faisait peser de lourdes charges sur les enfants et on s’attendait à ce qu’ils entrent sur le marché du travail le plus vite possible. Un grand nombre d’entre eux travaillaient à temps partiel, comme messagers, livreurs, camelots et dans les ateliers familiaux. Les statistiques officielles ont considérablement sous-estimé le nombre d’enfants salariés et n’ont tenu aucun compte du travail non rétribué des fillettes employées à temps complet comme gardiennes d’enfants. La plus grande partie des fillettes de 10 à 14 ans qui n’allaient pas à l’école et ne faisaient pas partie de la main-d’œuvre ouvrière s’occupaient de tenir maison pendant que leurs mères étaient au travail. »

Copp, Terry. Classe ouvrière et pauvreté, Les conditions de vie des travailleurs montréalais, 1897-1929,  Montréal, Les éditions du Boréal Express, 1978, p.28. 

 9) De quelle façon les enfants d’ouvriers fréquentent-ils l’école?

« Pour les enfants des campagnes ou de la classe ouvrière urbaine, instruction et travail ne sont pas incompatibles. Souvent, les enfants des villes fréquentent l’école pendant plusieurs mois, puis ils cessent d’y venir pour des raisons familiales ou personnelles. Leurs modèles de fréquentations ressemblent en cela à ceux des enfants des campagnes à qui l’on demande de rester à la maison pour les semailles ou les moissons. Les enfants assidus, eux, peuvent toujours disposer des heures après l’école pour mendier ou gagner de l’argent de quelque manière pour eux ou leur famille. Certains des « petits enfants » qui vendent des journaux dans les rues le soir travaillent peut-être à ces heures tardives pour gagner de l’argent tout en étudiant. »

Bradbury, Bettina. Familles ouvrières à Montréal, Âge, genre et survie quotidienne pendant la phase d’industrialisation, Montréal, Les éditions du Boréal, 1995, p. 158.

 10) Dans quel type de manufactures travaillent les femmes et les enfants à Montréal en 1891?

 

Activités manufacturières qui occupent le plus grand nombre

de femmes et d’enfants à Montréal, en 1891

 

Type d’établissements

 

Femmes
Enfants
Tailleurs et draperies 1813 123
Chemises, cravates, etc. 1078 89
Cordonnerie 1062 288
Modistes et couturiers 1009 133 (128 filles)
Fabriques de cigares 730 65 (8 filles)
Fabrication de caoutchouc 540 ----
Préparation du tabac 503 101
Fourreurs et chapeliers 498 ----
Sacs et boîtes de papier 241 ----
Confiserie 224 ----
Fabrication de soie 190 ----
Fabrication de gaz ---- 125 garçons
Fonderie, confection de machines ---- 123 (2 filles)
Filatures de laine ---- 105
Total 7888 1162

 

Source : Recensement du Canada, 1890-1891, vol. III, tableau I, pp. 2-387, passim.

 

« Ainsi, 82% de la main-d’œuvre féminine se retrouve dans ces onze secteurs manufacturiers, et 51% de la main-d’œuvre juvénile, dans neuf secteurs. Les ouvrières se partagent ainsi : 18% dans les établissements de tailleurs et de drapiers, 11% dans la fabrication de chemises, cravates et faux-cols, de même que dans la cordonnerie et la couture. Quant à la main-d’œuvre juvénile, on en retrouve 12% dans la cordonnerie, 5% dans les ateliers de couture, dans les fonderies, dans la fabrication de gaz, dans les ateliers de tailleurs et de drapiers. Femmes et enfants composent 33% de la main-d’œuvre manufacturière. Or, cette proportion est largement dépassée dans les genres d’activités énumérés. Notons la progression : 36% dans la cordonnerie, 40% dans les manufactures de cigares, 44% dans la confiserie, 56% dans la préparation du tabac, 58% des fourreurs et des chapeliers, 65% dans les manufactures de caoutchouc, 66% dans les ateliers de drapiers, 80% dans la fabrication de chemises, cravates et faux-cols, 98% des modistes et des couturiers. »

Bonville, Jean de. Jean-Baptiste Gagnepetit, Les travailleurs montréalais à la fin du XIXe siècle, Montréal, Les éditions de l’Aurore, 1975, p. 36.

 11) Pourquoi l’enrôlement des enfants constitue-t-il un trait fondamental du système manufacturier au XIXe siècle?

«  L’enrôlement de milliers d’enfants dans l’industrie montréalaise révèle un aspect de la société industrielle aujourd’hui pratiquement disparu, mais qui constituait un trait fondamental du système manufacturier au XIXe siècle. Se maintenir au niveau de subsistance constituait le défi quotidien de nombreuses familles ouvrières. À mesure que le nombre de bouches à nourrir augmentait, il fallait accroître le revenu familial. Le salaire des enfants constituait un appoint appréciable. De plus, la seule perspective qui s’offrait au fils du prolétaire était de rejoindre son père à l’usine. Une instruction sommaire suffisant à l’enfant dont l’univers se limitait à l’horizon clos de la cité manufacturière. La révolution industrielle répand donc l’esclavage industriel des enfants. Montréal, non plus que les autres villes industrielles de l’époque, n’échappe pas à cette règle. »

Bonville, Jean de. Jean-Baptiste Gagnepetit, Les travailleurs montréalais à la fin du XIXe siècle, Montréal, Les éditions de l’Aurore, 1975, p. 55.

 12) Qu’est ce que l’école d’industrie, au Québec?       

« Selon une loi adopté en 1869, le but de l’école d’industrie était « de prévenir la délinquance chez les enfants errants ou abandonnés. »

Joyal, Renée. Les enfants, la société et l’État au Québec, 1608-1989 Jalons, Montréal, Éditions Hurtubise HMH, 1999, p. 72.

« Les écoles d’industrie sont tenues d’instruire et d’élever les enfants qu’elles consentent de recevoir, ainsi que de pourvoir à leur subsistance. Ces écoles ne relèvent pas du ministère de l’Instruction publique ni, à partir de 1875, du département de l’Instruction publique, mais du Secrétaire de la province. Les programmes scolaires y sont établis selon la bonne volonté et les ressources des personnes qui les dirigent.

[…]

« L’ordonnance de placement constitue un ordre de détention pour une durée déterminée – la période prévue ne doit cependant pas dépasser l’époque à laquelle l’enfant atteint l’âge de seize ans – et le fait quitter l’école sans autorisation est considéré comme une évasion et, dans certains cas, puni comme tel. Après une certaine période d’hébergement, l’enfant peut être autorisé à loger à l’extérieur ou être placé en apprentissage, le tout sous la supervision des autorités de l’école. Des dispositions spécifiques visent à élever l’enfant dans le respect des croyances religieuses et à l’instruire dans sa religion.

« Le financement de ces institutions est en partie à la charge du trésor provincial et en partie à la charge des municipalités concernées. S’ils en ont les moyens, les parents sont tenues à une contribution d’autant plus importante qu’ils ont eux-mêmes demandé “l’internement” de l’enfant. »

Joyal, Renée. Les enfants, la société et l’État au Québec, 1608-1989 Jalons, Montréal, Éditions Hurtubise HMH, 1999, p. 69.

 13) Qu’est-ce que l’école de réforme, au Québec? 

« Selon une loi adoptée en 1869, l’école de réforme visait « le redressement des jeunes délinquants. »

Joyal, Renée. Les enfants, la société et l’État au Québec, 1608-1989 Jalons, Montréal, Éditions Hurtubise HMH, 1999, p. 72

« Les écoles de réforme sont tenues de recevoir, d’entretenir et d’élever les jeunes délinquants qui leur sont confiés jusqu’à concurrence du nombre fixé par leur certificat.

« Le directeur [d’une école de réforme] peut […] « engager " l’enfant, par contrat d’apprentissage ou pour services domestiques, en dehors de l’école. Les services de l’enfant sont alors gratuitement, à charge pour le maître de lui fournir nourriture, entretien et logement. »

Joyal, Renée. Les enfants, la société et l’État au Québec, 1608-1989 Jalons, Montréal, Éditions Hurtubise HMH, 1999, p. 74.

 14) Quel est le niveau d’instruction des ouvriers?

« Le manque d’instruction dans les manufactures est flagrant: des enfants ignorants sont incapables de dire leur âge, des adultes sans instruction sont incapables de lire et d’écrire. Ceci oblige les employeurs à faire venir de l’étranger des travailleurs instruits pour occuper des charges pour lesquelles les travailleurs canadiens ne sont pas formés. »

Crevier, Claudette. « État et travail des enfants au Québec (1880-1900) ». Mémoire présenté comme exigence partielle de la maîtrise en histoire, Université du Québec à Montréal, 1992, p. 50.

 15) Quelles sont les lois limitant le travail des enfants au Québec?

LOIS LIMITANT LE TRAVAIL DES ENFANTS AU QUÉBEC

 

1885 (Ch 32)

Pour les entreprises de 20 employés et plus

Age minimum : 12 ans - garçons

                       14 ans - filles

Certificat d’âge exigé pour les moins de 14 ans

1888 (Ch 49)

La loi précédente s’applique à toutes les fabriques et usines

 

1890 (Ch 26)

Dans les industries jugées insalubres et dangereuses

Age minimum : 16 ans - garçons

                       18 ans - filles

Dans les industries de tabac et cigares

Age minimum : 14 ans - garçons

                       15 ans - filles

1892 (Ch 20)

Pour les mines seulement

Age minimum : 15 ans pour les garçons pour le travail sous la terre

Défendu aux filles

Aucun âge minimum pour les mines métallifères

1894 (Ch 30)

Abolition de la clause de 1890

Dans les manufactures de tabac et de cigares

Age minimum :  12 ans – garçons

                        14 ans - filles

1903 (Ch 30)

Dans les fabriques et les usines

Age minimum élevé à 13 ans pour les garçons et reste à 14 ans pour les filles

1907 (Ch 39)

Age minimum 14 ans pour les garçons et les filles

Exigence de formation : savoir lire et écrire pour les moins de 16 ans ou fréquentation des cours du soir

1919 (Ch 50) Age minimum : 16 ans pour ceux qui ne savent pas lire et écrire couramment, mais l’inspecteur peut donner un permis de travail si la personne fréquente les cours du soir
1934 (Ch 35) Les magasins sont incorporés dans la législation sur les bâtiments industriels

Source : Statuts du Québec, 1885 à 1934

Crevier, Claudette. « État et travail des enfants au Québec (1880-1900) ». Mémoire présenté comme exigence partielle de la maîtrise en histoire, Université du Québec à Montréal, 1992, p. 224.

 16) Comment la loi concernant les maîtres et les serviteurs (au Québec) avantage-t-elle les employeurs ?

«  Adoption de l’Acte concernant les maîtres et les serviteurs […] (S.Q.1881, ch.15) Bien qu’elle ne mentionne pas spécifiquement les personnes mineures, la loi les concerne directement, puisqu’elles s’applique aux apprentis, serviteurs, compagnons ou journaliers. Elle sanctionne divers manquements aux contrats ou engagement liant maîtres et serviteurs.

Un juge de paix peut instruire toute plainte relative à un employé qui n’exécute pas les travaux convenus, fait preuve de paresse, d’inconduite ou de désobéissance, abandonne son service avant terme ou sans avoir donné les avis requis; s’expose à une poursuite analogue le maître qui fait preuve de cruauté envers son employé ou ne lui fournit pas d’aliments sains et en quantité suffisante.

Les contrevenants sont passibles d’amendes de vingt « piastres » au maximum. La loi s’applique partout dans la province, sauf dans les cités de Montréal et de Québec et dans les autres cités ou municipalités ayant adopté des règlements régissant les relations entre maîtres et serviteurs.

Dans les faits, cette loi est un formidable instrument de pression des maîtres à l’égard de leurs serviteurs. Avec l’industrialisation naissante, elle permet aux patrons et aux contremaîtres d’imposer une discipline rigoureuse dans les manufactures, notamment à l’égard des enfants, qui y occupent des emplois subalternes. »

Joyal, Renée. Les enfants, la société et l’État au Québec, 1608-1989 Jalons, Montréal, Éditions Hurtubise HMH, 1999, p. 86-87.

 17) Pourquoi l’apprentissage dans les manufactures est-il un système d’esclavage déguisé, selon Jean-Baptiste Gagnepetit?

« Dans l’économie pré-industrielle, à l’époque où florissaient les compagnonnages, l’apprentissage remplissait un rôle essentiel au maintien du métier. L’apprenti faisait partie de la famille du maître; il n’était pas payé. Avec le développement de la manufacture, la division du travail et la simplification des tâches dévaluent le long apprentissage de naguère. La rémunération de l’apprenti est introduite. Au XIXe siècle, si le terme apprentissage survit, il ne désigne plus l’initiation poussée aux techniques d’un métier. L’apprenti, dans l’établissement manufacturier, est devenu l’homme de peine, sur lequel on se décharge des besognes secondaires, des courses, des travaux domestiques. Aucun texte de loi ne définit l’apprenti, bien que le terme soit utilisé dans l’Acte des manufactures [loi promulguée au Québec, en 1885]. Jean-Baptiste Gagnepetit [pseudonyme de Jules Helbronner] juge sévèrement les résidus de l’ancien apprentissage, de même que les moyens auxquels recourent les employeurs pour s’assurer l’obéissance de leurs apprentis :

« J’ai vu beaucoup de ces causes et elles se ressemblent toutes. L’enfant était payé, il n’avait pas fait sa tâche et alors on le maltraitait; il quittait et son maître armé de cette loi ridicule des maîtres et des serviteurs inscrite dans les règlements de la bonne ville de Montréal, demandait la punition, l’emprisonnement de l’enfant, ou son retour à ce qui n’est souvent qu’un esclavage déguisé [La Presse, 6 décembre 1884].

« […] Des représentants ouvriers, à l’instar d’Helbronner, réclament la suppression de ce qu’ils considèrent comme un esclavage. Ils proposent, comme moyen d’initiation aux métiers, l’école manuelle, telle qu’elle se répand en France et aux États-Unis. »

Jules Helbronner, La Presse, 12 juin 1885, cité par Claudette Crevier. « État et travail des enfants au Québec (1880-1900) ». Mémoire présenté comme exigence partielle de la maîtrise en histoire, Université du Québec à Montréal, 1992, p. 60.

 18) Quel est le sort réservé aux jeunes ouvriers des fabriques de cigares et de tabac?

« Le rapport de la Commission royale d’enquête de 1886-1889 révélait que des garçons et des filles d’environ une dizaine d’années avaient été trouvés en grand nombre dans les fabriques de cigares et de tabac. Certains témoins, à peine âgés de quatorze ans, avaient terminé leur apprentissage. “ Le mal, dans ces cas, était d’autant plus apparent, qu’il était évident que le tabac avait arrêté la croissance des témoins et empoisonné leur sang.” Les témoignages entendus devant la Commission d’enquête tenue à Montréal en 1888, indiquaient que “les ateliers de fabrication de cigares sont presqu’exclusivement remplis de jeunes garçons, désignés sous la dénomination d’apprentis” [La Presse, 30 mai 1890]. L’état de compagnon-cigarier était en voie de disparition, celui-ci étant remplacé lentement par les machines dont la surveillance et la manipulation pouvaient être faites par un enfant. Ce système s’implanta lentement et les patrons avaient “comme tactique de renvoyer de leur service tout apprenti qui avait l’ambition de devenir compagnon, pour le remplacer de suite par un autre apprenti” [La Presse, 30 mai 1890]. »

Crevier, Claudette. « État et travail des enfants au Québec (1880-1900) ». Mémoire présenté comme exigence partielle de la maîtrise en histoire, Université du Québec à Montréal, 1992, p. 87-88.

 19) Quelle est la mission des inspecteurs de manufactures?

« Il ne faut pas oublier que la mission des inspecteurs des manufactures est une mission essentiellement philanthropiques; que leurs devoirs s’accomplissent toujours entre deux parties ayant souvent des intérêts opposés, et que dans toutes circonstances ils ne doivent pas se laisser guider que par l’observance de la plus strict (sic) équité dans les questions qui affectent les droits des patrons et les exigences des ouvriers. L’entente cordiale entre patrons et ouvriers doit être l’unique objet de leur mission, car indubitablement la solidarité des intérêts des patrons et des ouvriers, une fois bien comprise pas les parties intéressés (sic), est un le moyen le plus efficace d’arriver à une prospérité commune.

[…]

 « En ce qui concerne notre loi, les amendes qui peuvent être infligées sont tellement insignifiantes, que même en gagnant l’action engagée, l’inspecteur perdrait en frais de procédure une somme plus forte que l’amende imposée à l’industriel. »

Louis Guyon, Rapports des inspecteurs de manufactures, 1890, cité par Claudette Crevier. « État et travail des enfants au Québec (1880-1900) ». Mémoire présenté comme exigence partielle de la maîtrise en histoire, Université du Québec à Montréal, 1992, p. 57; 62.

 20) Quel est le premier geste concret en vue de l’instruction obligatoire, au Québec?

« Le premier geste concret en vue de l’établissement, au Québec, de l’instruction obligatoire, fut posé par le Dr Tancrède Boucher de Brosbois, député de Shefford qui, le 5 mars 1901, déposait à l’Assemblée législative, un projet de loi “à l’effet d’assurer une meilleure assistance aux écoles publiques.” Selon ce projet de loi, les parents ou tuteurs eussent été obligés, sous peine d’amende, d’envoyer leurs enfants, de 8 à 13 ans, aux écoles de leur municipalité, au moins pendant seize semaines durant l’année scolaire. Des dispositions prévoyaient le respect des croyances religieuses de chaque groupe, catholique et protestant. Un débat très intéressant fut ainsi amorcé à l’Assemblée législative. »

Audet, Louis-Philippe. Histoire de l’enseignement au Québec, Tome 2, Montréal, Holt, Reinhart et Winston Ltée, 1971, p. 248-249.