Collections et recherche

Manteau Red River, Markette Inc, 1940-1950. Don de Mme Louise Hurtubise Bousquet, M2000.49.1 © Musée McCord

Le manteau Red River : un siècle d’histoire

Porté avec une ceinture, une tuque et des mitaines rouges, le manteau de laine marine à passepoil rouge et capuchon, appelé Red River, était en quelque sorte l’uniforme d’hiver des enfants montréalais d’autrefois.

Ceux qui l’ont porté se souviennent très bien des mélanges qu’il provoquait dans le vestiaire de l’école et de son odeur de laine mouillée. En fait, nous en savons beaucoup plus à son sujet grâce à des souvenirs comme ceux-ci qu’aux spécimens qui ont survécu jusqu’à nos jours.

Le Musée McCord a la chance d’en avoir cinq dans sa collection, ce qui est relativement peu lorsqu’on sait qu’ils ont été portés au Canada pendant plus d’un siècle avant de perdre en popularité il y a une cinquantaine d’années. Mais peut-être plus étonnant encore est le fait que ce style de manteau pour enfant soit dérivé d’un prototype pour adulte plus ancien, le capot.

Le manteau Red River tire son nom de la colonie de la rivière Rouge située dans l’actuel Manitoba, un lieu qui a joué un rôle marquant dans le développement de la traite des fourrures au Canada. Dans cette région, au dix-neuvième siècle, un capot bleu ou manteau à capuchon est devenu le quasi-uniforme des hommes métis travaillant dans le commerce des fourrures, dont l’identité est devenue politisée avec la résistance de la rivière Rouge de 1869.

Si l’adaptation subséquente du manteau en vêtement pour enfant avait pour but d’évoquer la culture canadienne de la traite des fourrures, c’était aussi une façon d’éradiquer son passé autochtone. Dans l’imaginaire du public, le manteau Red River a toujours eu des connotations historiques nébuleuses qui, avec le temps, en sont venues à faire partie d’une identité coloniale typiquement canadienne.

Influencés par la publicité des grands magasins, les consommateurs ont fini par associer l’achat et le port d’un manteau Red River à une tradition de l’enfance canadienne. Ce vêtement pour enfant illustre comment des objets matériels du quotidien, ainsi que des pratiques en matière de publicité, de vente et de consommation, ont légitimé certains souvenirs et significations, le Canada ayant remplacé des chapitres gênants de son histoire par des symboles qui célèbrent les mythes fondamentaux de son passé et son identité distincte.

Pour en savoir plus sur l’histoire du manteau Red River, visionner la conférence de Cynthia Cooper, conservatrice de la collection Costume, mode et textiles.

À ne pas manquer