Collections et recherche

Lettre écrite par Léontine Poutré à Hercule Martin (détail), 1924. Don de Marthe et Patrick McDonald, Fonds Léontine Poutré et Hercule Martin P748 © Musée McCord

Petites histoires de grands amours…

Mon bon ami,
Me permettez-vous de commencer ainsi ? Bien que j’en prenne l’initiative, je vous en laisse le libre arbitrage. C’est peut-être prendre trop de liberté, mais aussi c’est bien froid, bien étranger, monsieur et mademoiselle, ne trouvez-vous pas ?
Léontine Poutré à Hercule Joseph Martin, 30 novembre 1924

Oui, je permets et j’accepte le nom de mon « bon ami » quoique notre correspondance soit si jeune.  (…) Savez-vous que c’est une marque de grande estime que vous m’accordez ? Le mot en lui-même est court : trois lettres et combien il est grand et beau et il renferme tant de chaleur.
Oui, petite amie, que je n’ai entrevue qu’une heure, je souscris à votre désir.
Hercule Joseph Martin à Léontine Poutré, 2 décembre 1924

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Si le Musée McCord collectionne les documents de familles et d’individus célèbres, il s’intéresse également aux archives plus « anonymes ». Ces dernières illustrent en effet de façon différente la vie domestique au Canada, au Québec et à Montréal au fil du temps.

Bien sûr, les documents produits par les gens « ordinaires » renferment tout autant de données historiques, qui nous renseignent sur le passé. On reste toutefois surpris devant la modernité de certains de ces textes, capables de nous faire réfléchir à maintenant et à demain.

Dans la collection des Archives textuelles, nous avons ainsi le privilège de détenir la correspondance de jeunes soupirants, échangée depuis le jour un de leur rencontre jusqu’à un éventuel mariage. Ces lettres sont d’une richesse incroyable pour l’âme : elles nous réchauffent le cœur, nous donnent la chair de poule, nous font sourire ou nous donnent envie de verser une larme, surtout lorsque l’on prend conscience qu’elles appartiennent au passé et que ces jeunes gens victorieux en amour sont pour la plupart décédés aujourd’hui.

Cette correspondance est précieuse pour la postérité. Comme les amoureux avaient autrefois l’habitude de s’écrire abondamment et fréquemment, nous y retrouvons aujourd’hui un corpus très complet d’informations échangées entre deux mêmes personnes, tel un dialogue, capturé dans le temps.

Ces écrits nous permettent de mieux comprendre comment les jeunes gens se rencontraient, se faisaient la cour ou entrevoyaient la vie à deux. Leur quotidien, leurs valeurs, leurs rêves, leurs ambitions mais également leurs craintes émanent avec précision de ces textes. En filigrane, se tisse aussi sous nos yeux le rapport homme-femme, qui se dévoile parfois – de façon surprenante étant donné les a priori liés aux mœurs du passé – dans l’égalité la plus complète.

Ces lettres ont beaucoup à nous offrir et c’est un privilège de parcourir ces univers intimes et poétiques, qui nous inspirent et nous instruisent.

Je remercie d’ailleurs les auteurs, qui ont d’eux-mêmes proposé leurs archives au Musée, ou encore leurs descendants (ou légataires) qui ont reconnu la richesse historique de leurs propos.

Bonne fête les amoureux!

Céline Widmer, Conservatrice, Archives textuelles

Léontine Poutré et Hercule Joseph Martin

Léontine demeure à Chambly avec ses parents, qui y tiennent un petit hôtel. Hercule, typographe à La Presse, habite Montréal. À la suite d’une rencontre d’une heure chez des amis à Chambly à l’automne 1924, il lui demande si elle veut bien correspondre avec lui. Elle lui répond avec empressement : « monsieur je vous lirai et relirai avec plaisir ». Cette relation se crée alors que Hercule est âgé de 22 ans et que Léontine en a déjà près de 30. Ces échanges de lettres, d’abord sur une base hebdomadaire puis presque quotidienne, dureront plus d’un an et se concluront par le mariage des deux amoureux.

Montréal, 12 novembre 1924

Mademoiselle,

Écriture étrangère ! Qui est-ce ? En recourant à la signature vous vous rappelez un jeune homme qui vous fûs (sic) présentez (sic) par Mme Boissau. Depuis longtemps, Mademoiselle, je désire donner suite à ma pensée qui est celle de vous demander, oh ! bien humblement, si vous ne consentiez pas à correspondre avec moi ? Toujours jusqu’à aujourd’hui je (vous) craignais de vous être inopportun, et c’est ce qui m’a toujours été une gêne. Mais en somme pour être certain d’une chose, il faut l’exécuter. Serais-je condamné pour ma conduite osée ? C’est à vous mademoiselle, qu’il appartient d’y répondre. Si oui, condamnez-moi avec douceur (…).

Avec l’espérance que mon désir sera agréé,
Je suis votre J.-Hercule Martin

Poursuivez la lecture de cette lettre.

Mariette Bergeron et Jérémie Tremblay

Jérémie et Mariette se rencontrent à Jonquière en 1950, leurs familles respectives demeurant dans le même quartier. Mariette, alors âgée de 19 ans, est promue directrice d’une petite école primaire d’Arvida. Jérémie est inscrit à l’Université de Montréal en pharmacie. Pendant ses quatre années d’études, lui et Mariette se voient à l’occasion de quelques fins de semaine et pendant les vacances. C’est donc principalement par voie épistolaire que le couple se fréquente jusqu’à son mariage le 11 juin 1956. S’ensuivra une longue et belle histoire d’amour.

Jonquière, le 9 mai 1951

Mon Jérémie,

Mais oui, j’ai choisi ce joli bouquet de printemps, pour symboliser notre jeune amour en fleur…

Ah qu’il est beau et gracieux, ce beau sentiment qui nous anime tous les deux. Après la prose des jours quotidiens, comme j’aime m’arrêter le soir, pour en goûter tout le charme secret, plein de promesses ! Merci, cher ami, de penser des choses si grandes et si nobles de ton humble Marie. Je veux de tout mon cœur, en être toujours digne afin de t’offrir quand l’heure sera venue, tout le fruit, aucunement frustré, de toute mon âme et de toute ma personne. Comme nous le disions ensemble, notre vie à deux, nouvelle et charmante à la fois, nous enrichit à tout point de vue. (…) Nous avons le bonheur dans nos mains ! Regardons-le avec le joli sourire de nos vingt ans. Ayons une confiance jeune et aveugle en cet avenir, drapé de soleil, qui se présente à nous. (…)

Partout, je suis avec toi,
Marie

Jeanne Cartier et Jean-Marie Richard

Jean-Marie est un ami du frère de Jeanne, ce qu’il précise lorsqu’il lui propose une première fois de correspondre avec lui en novembre 1903. Jeanne est l’héritière d’une illustre famille de propriétaires terriens de Contrecœur et Jean-Marie demeure à Saint-Ours où il fait carrière comme notaire. Leur relation épistolaire durera près de quatre ans. À la lecture des lettres, on devine une amitié sincère, mais un amour quelque peu inégal devant les insécurités du jeune homme et les hésitations de sa correspondante à s’engager auprès de lui. Leur mariage est néanmoins célébré le 18 juin 1907.

St-Ours 11 juin 1907

Ma bien chère Jeanne,

En écrivant ces lignes, qui rempliront la dernière page de notre correspondance intime, je veux y laisser un souvenir : l’affirmation que j’ai cherché (sic) et trouvé dans nos causeries des moments de bonheur véritable. Et de même qu’on porte avidement à nos lèvres la fleur dont on préfère le parfum et de même les douces réminiscences du passé, embaumeront et seront le complément de nos joies à venir !  Je m’arrêterais volontiers à ces douces choses du passé, c’était si bon, pour mon cœur de pouvoir vous aimer, à ma plume de vous écrire : Ma chère Jeanne, je vous aime ! (…) Encore quelques jours et nous aurons fait l’échange de ce que nous sommes. Vous serez devenir ma compagne bien-aimée, et moi votre ami le plus fidèle, votre gardien, votre défenseur. Quelle (sic) bonheur pour moi que d’être le gardien, d’un trésor aussi précieux… Oui mes yeux se délecteront à vous regarder mes oreilles à vous entendre ma bouche à vous dire que vous êtes tout pour moi. (…)

Un gros baiser !
Votre fiancé Jean-Marie

Pour en savoir plus sur le fonds de la famille Louis-Joseph Cartier.

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