La Politique nationale et les déboires de l'Oncle Sam
Introduction
Michèle Dagenais, Université de Montréal, 2007
À la fin des années 1870, plus de dix ans après la Confédération (1867), l'économie canadienne piétine. Scandale politique, récession économique, le nouveau pays est ébranlé par de nombreuses difficultés. Les richesses naturelles dont il regorge ne sont pas en cause. Mais les moyens pour les mettre à profit manquent à l'appel. Le premier ministre John A. Macdonald (1815-1891) entend adopter trois grandes mesures : soutenir l'industrie canadienne naissante, favoriser la création d'un marché intérieur en reliant le Canada d'un océan à l'autre et mettre en valeur les vastes territoires de l'Ouest. Cette Politique nationale constitue le cadre dans lequel le Canada se développe durant plusieurs décennies. Thème abondamment illustré par les caricaturistes, la Politique nationale est souvent représentée par un éléphant blanc tandis que les États-Unis, acteurs de premier plan, sont personnifiés par « l'Oncle Sam », arborant les étoiles du drapeau américain.
Au coeur de la Politique nationale se trouvent les mesures douanières protectionnistes. Le gouvernement choisit de hausser les droits sur les produits importés des États-Unis. Comme les entreprises canadiennes sont plus jeunes et qu'elles ne disposent pas d'un bassin de consommateurs aussi large qu'aux États-Unis, elles produisent en moins grande quantité. Cette situation les conduit à vendre leurs produits à un prix supérieur à celui fixé par leurs concurrents américains, ce qui n'incite pas la population canadienne à acheter les biens d'ici. À partir de 1879, des tarifs douaniers imposés sur les marchandises américaines augmentent leur prix et les désavantagent face aux produits canadiens.
En soutenant la croissance des entreprises canadiennes, la politique douanière favorise la création d'emplois au pays. En outre, l'augmentation des droits de douane, qui représentent alors les trois quarts des revenus du gouvernement fédéral, enrichit le trésor public et procure des liquidités pour financer la construction du chemin de fer transcontinental. Ainsi équipé, le pays est confiant de parvenir à renforcer sa cohésion intérieure.
Le chemin de fer représente aussi le moyen par lequel désenclaver l'Ouest et l'ouvrir à la colonisation. Le peuplement de l'Ouest constitue le troisième élément sur lequel on mise autant pour rentabiliser le chemin de fer, que pour développer le marché intérieur dans l'axe est-ouest. Mais en dépit des mesures incitatives, les immigrants préfèrent s'établir dans l'Ouest américain, ce qui retarde la mise en valeur de l'Ouest canadien. Il faut attendre la toute fin du 19e siècle et la période de prospérité qui s'ensuit avant que la Politique nationale ne porte vraiment ses fruits.


